Pathologie musculo-squelettique du sportif : les nouvelles tendances qui changent la prise en charge

Pathologie musculo-squelettique du sportif : les nouvelles tendances qui changent la prise en charge

Running, trail, padel, Hyrox ou musculation fonctionnelle attirent des pratiquants souvent autonomes et parfois engagés dans plusieurs disciplines. Les lésions ne sont pas toujours nouvelles, mais les mécanismes d’apparition de chaque pathologie musculo-squelettique évoluent : pics de charge, fatigue cumulée, déficit de récupération ou préparation insuffisamment spécifique. Pour le masseur-kinésithérapeute, prendre en charge une pathologie musculo-squelettique du sportif ne consiste donc plus seulement à identifier une structure douloureuse. Il faut comprendre pourquoi cette structure ne tolère plus la demande et déterminer les capacités à restaurer avant la reprise.

En résumé

  • Les nouvelles pathologies musculo-squelettiques du sportif sont surtout liées à l’évolution des pratiques : reprise rapide, cumul de disciplines, pics de charge, fatigue et récupération insuffisante. Le kinésithérapeute doit analyser la trajectoire d’entraînement et rechercher les signes d’alerte, notamment en cas de douleur osseuse ou de suspicion de RED-S.
  • La prise en charge repose sur des critères objectifs et spécifiques au sport : tests fonctionnels, renforcement progressif, réintroduction des impacts, évaluation sous fatigue et retour au sport fondé sur les capacités réelles du patient plutôt que sur la seule disparition de la douleur.

Pathologie musculo-squelettique et pics de charge : identifier la séance inhabituelle

En 2025, 61 % des personnes âgées de 15 ans ou plus déclaraient pratiquer une activité sportive au moins une fois par semaine en France. La course à pied, la marche et les activités à domicile ont particulièrement progressé depuis 2018.

La Fédération française d’athlétisme a par ailleurs recensé 4,12 millions de résultats en compétition en 2025. Les participations aux trails ont augmenté de 150 % en dix ans.

Cette croissance amène au cabinet des sportifs aux profils variés : débutants tardifs, anciens compétiteurs reprenant à leur niveau antérieur, patients multisports ou pratiquants préparant rapidement un premier défi.

L’apparition d’une pathologie musculo-squelettique n’est pas toujours liée à un volume hebdomadaire très élevé. Elle peut résulter d’une exposition ponctuelle très supérieure aux habitudes récentes.

Une étude prospective publiée en 2025 a suivi 5 205 coureurs pendant 588 071 séances. Une augmentation du taux de blessures de surutilisation a été observée lorsque la distance d’une sortie dépassait de plus de 10 % la plus longue séance effectuée au cours des trente jours précédents.

Ce résultat ne valide pas une règle universelle de progression. Il ne signifie pas non plus qu’une hausse inférieure à 10 % protège automatiquement le coureur. Il montre surtout l’intérêt clinique de rechercher les séances inhabituelles :

  • première sortie longue depuis plusieurs mois ;
  • compétition réalisée sans préparation spécifique ;
  • reprise directe au volume antérieur ;
  • augmentation simultanée de la distance et du dénivelé ;
  • ajout de fractionné sans diminution des autres séances ;
  • nouveau sport introduit dans une semaine déjà chargée.

Une même structure peut être sollicitée sous des formes différentes. Deux sorties de course, une séance de sauts, un match de padel et un entraînement de fitness hybride représentent, pour le complexe mollet-tendon d’Achille, plusieurs expositions rapprochées et non quatre activités indépendantes.

Pathologie musculo-squelettique tendineuse : objectiver les capacités du tendon d’Achille

La tendinopathie d’Achille constitue un bon modèle pour comprendre cette nouvelle logique de surcharge. Cette pathologie musculo-squelettique tendineuse apparaît lorsque la capacité du tendon devient insuffisante par rapport aux contraintes de course, de saut, de freinage ou de changement de direction.

Elle concerne la course et le trail, mais aussi les sports comprenant des accélérations, des freinages et des rebonds répétés.

Une étude transversale menée auprès de 645 joueurs français de padel a recensé 480 blessures déclarées au cours des douze mois précédents. Le complexe mollet-tendon d’Achille représentait 18,8 % des localisations et le coude 18,5 %.

Ces données reposent sur un questionnaire rétrospectif. Elles décrivent les blessures rapportées par les joueurs, sans démontrer qu’un facteur particulier en est directement responsable.

Quels tests intégrer au bilan ?

Le diagnostic de tendinopathie reste principalement clinique. La localisation de la douleur, son comportement à la mise en charge et son évolution doivent toutefois être confrontés aux diagnostics différentiels lorsque la présentation est atypique.

Le VISA-A permet de suivre les symptômes et leur retentissement fonctionnel. Il est utile pour mesurer l’évolution, mais ne peut pas décider à lui seul du retour au sport.

Le Single-Leg Heel-Rise Test, ou test d’élévations unipodales du talon, renseigne sur l’endurance des fléchisseurs plantaires. Le nombre de répétitions doit être complété par l’observation :

  • de la hauteur du talon ;
  • de l’amplitude ;
  • de la vitesse d’exécution ;
  • de la perte progressive de qualité ;
  • des compensations du genou, du bassin ou du tronc.

Le Weight-Bearing Lunge Test mesure la dorsiflexion de cheville en charge. Une limitation peut influencer certains mouvements, mais elle ne constitue pas automatiquement la cause de la tendinopathie.

Lorsque les impacts sont tolérés, le bilan doit aussi explorer la capacité du tendon à absorber et restituer rapidement l’énergie :

  • petits rebonds réactifs ou pogo jumps ;
  • sauts unipodaux répétés ;
  • bonds vers l’avant ;
  • accélérations progressives ;
  • séquences spécifiques à la discipline.

Le membre opposé constitue un point de comparaison, mais pas une norme absolue. Après une interruption prolongée ou chez un sportif déconditionné, les déficits peuvent être bilatéraux.

Comment faire progresser la charge ?

Les recommandations cliniques actualisées placent la mise en charge progressive du tendon au premier plan. Elles ne désignent pas un protocole unique comme supérieur dans toutes les situations.

Les contractions isométriques, les exercices concentriques et excentriques, le travail lent contre résistance et la pliométrie peuvent tous s’intégrer à la progression.

Une séquence possible comprend :

  1. des élévations du talon isométriques lorsque le mouvement dynamique reste mal toléré ;
  2. des élévations debout, genou tendu, pour charger davantage le gastrocnémien ;
  3. des élévations assises, genou fléchi, pour cibler davantage le soléaire ;
  4. un travail lent contre résistance lourde ;
  5. des rebonds, sautillements et bonds ;
  6. la course, les accélérations, les freinages et les changements de direction.

La progression ne dépend pas uniquement de la douleur ressentie pendant l’exercice. Il faut surveiller la raideur matinale, les capacités fonctionnelles et la réaction dans les vingt-quatre heures suivantes.

Une augmentation légère et transitoire des symptômes peut être acceptable lorsqu’elle revient rapidement au niveau habituel. Une aggravation progressive, une perte de fonction ou une réaction durable imposent de réduire la contrainte.

Milo, le logiciel qui simplifie le suivi patient des kinés

Avec Milo, accédez facilement au dossier complet de vos patients, suivez leur évolution grâce à une timeline claire et bénéficiez d’un BDK intégré pour un suivi plus simple, plus personnalisé et plus efficace.

En savoir plus sur le suivi patient

Tendinopathie corporéale ou insertionnelle ?

La distinction est importante. Dans la tendinopathie insertionnelle, la dorsiflexion profonde augmente la compression du tendon contre le calcanéum.

Un essai randomisé publié en 2025 soutient l’intérêt d’un programme réduisant initialement cette compression : exercices réalisés depuis le sol plutôt que sur une marche, limitation temporaire des étirements profonds du mollet et utilisation possible d’une talonnette.

Appliquer systématiquement des descentes du talon sous le niveau de la marche peut donc irriter certains patients présentant une atteinte insertionnelle.

Pathologie musculo-squelettique osseuse : repérer les signes qui imposent une orientation

Cette pathologie musculo-squelettique osseuse s’inscrit dans un continuum allant de la réaction de stress à la fracture constituée. Elle concerne particulièrement les sportifs exposés à des impacts répétés : coureurs, traileurs, gymnastes ou pratiquants de sports de sauts.

Une douleur tibiale ou métatarsienne ne doit pas être automatiquement qualifiée de « périostite ».

Les éléments suivants doivent augmenter le niveau de vigilance :

  • douleur osseuse précisément localisée ;
  • sensibilité focale à la palpation ;
  • symptômes apparaissant de plus en plus tôt pendant l’effort ;
  • douleur persistante à la marche ;
  • douleur au repos ou la nuit ;
  • augmentation récente de la course, des sauts ou du dénivelé ;
  • antécédent de lésion osseuse de stress.

Le consensus international publié en 2025 rappelle le caractère multifactoriel de ces lésions. L’historique de charge, la localisation, les facteurs de santé osseuse et le contexte médical doivent être intégrés à l’évaluation.

Aucun test clinique isolé ne permet d’exclure formellement une atteinte osseuse. Lorsque la suspicion est forte, multiplier les sauts douloureux n’apporte pas de sécurité supplémentaire.

Il convient de réduire les impacts et d’orienter le sportif vers un médecin afin d’évaluer la nécessité d’une imagerie, notamment d’une IRM.

Rechercher un déficit énergétique relatif dans le sport

Le déficit énergétique relatif dans le sport, ou RED-S, apparaît lorsque l’énergie disponible après l’exercice ne suffit plus à couvrir correctement les fonctions physiologiques.

Il peut concerner les femmes comme les hommes, sans maigreur évidente ni trouble alimentaire préalablement diagnostiqué.

Plusieurs indices doivent alerter :

  • perte de poids récente ;
  • restriction alimentaire ;
  • fatigue persistante ;
  • baisse inexpliquée des performances ;
  • récupération dégradée ;
  • blessures osseuses répétées ;
  • infections fréquentes ;
  • perturbation du cycle menstruel.

L’IOC REDs CAT2 organise le repérage, l’évaluation de la sévérité et la stratification du risque. Le diagnostic final doit cependant rester médical et s’inscrire dans une prise en charge multidisciplinaire.

Conduite pratique : devant l’association d’une douleur osseuse, d’une fatigue inhabituelle et d’une modification des apports alimentaires, la progression des impacts doit être suspendue dans l’attente d’un avis médical.

Fitness hybride : une nouvelle exposition aux pathologies musculo-squelettiques

Les formats hybrides, dont l’Hyrox est l’exemple le plus visible, alternent course et ateliers de force ou d’endurance.

Les premières publications scientifiques portent principalement sur les réponses physiologiques et les déterminants de la performance, et non sur une épidémiologie précise des blessures. Il serait donc prématuré de parler d’une pathologie musculo-squelettique propre à l’Hyrox.

Chez ces sportifs, la pathologie musculo-squelettique peut apparaître non pas pendant un mouvement isolé, mais lorsque celui-ci est répété après une fatigue musculaire et cardio-respiratoire importante.

Un patient peut présenter une force satisfaisante au début du bilan, puis perdre sa qualité d’appui, sa puissance ou sa technique après plusieurs ateliers. Tester uniquement le mouvement à l’état frais peut alors surestimer son aptitude à reprendre.

Après restauration des capacités fondamentales, la rééducation peut intégrer des mises en situation graduées :

  • course après une série de fentes ;
  • sauts unipodaux après un effort local contrôlé ;
  • petits rebonds après des élévations répétées du talon ;
  • freinage et changement de direction après un effort cardio-respiratoire ;
  • répétition d’un geste technique en fin de séquence.

Ces exercices ne constituent pas des tests diagnostiques validés. Ils servent à vérifier si les symptômes et la qualité du mouvement restent maîtrisés dans un contexte proche de celui de la discipline.

L’objectif n’est pas d’épuiser le patient, mais d’ajouter progressivement la fatigue comme une contrainte fonctionnelle.

Pathologie musculo-squelettique de la cheville : passer du calendrier aux critères de reprise

La pathologie musculo-squelettique de la cheville la plus fréquente reste l’entorse latérale, notamment dans le trail, le padel et les sports multidirectionnels.

La reprise de la course en ligne droite ne signifie pas que le sportif est prêt à freiner, réceptionner un saut ou réagir à un changement imprévu.

Depuis 2025, la Haute Autorité de santé recommande une rééducation individualisée et une reprise fondée sur l’évolution clinique et fonctionnelle, plutôt que sur un délai identique pour tous.

Le cadre PAASS propose d’examiner cinq domaines :

  • Pain : douleur pendant l’activité et au cours des dernières vingt-quatre heures ;
  • Ankle impairments : mobilité, force, endurance et puissance ;
  • Athlete perception : stabilité perçue, confiance et préparation psychologique ;
  • Sensorimotor control : équilibre et contrôle postural ;
  • Sport performance : sauts, agilité, gestes spécifiques et séance complète.

Le score français Ankle-GO complète cette approche en associant quatre tests fonctionnels et deux questionnaires :

  • appui unipodal ;
  • Modified Star Excursion Balance Test ;
  • Side Hop Test ;
  • Figure-of-8 Hop Test ;
  • FAAM ;
  • ALR-RSI.

Un score faible au moment du retour au sport a été associé, dans une cohorte prospective, à un risque de récidive environ neuf fois supérieur au cours des deux années suivantes.

Ce résultat aide à objectiver la décision, sans transformer le score en autorisation automatique de reprendre.

La reprise doit ensuite progresser de la course linéaire vers :

  1. les accélérations et les freinages ;
  2. les sauts et les réceptions ;
  3. les changements de direction anticipés ;
  4. les réactions à un stimulus visuel ou à un partenaire ;
  5. les exercices spécifiques sous fatigue ;
  6. l’entraînement complet ;
  7. la compétition.

La validation dépend de la qualité du mouvement, de la confiance du patient et de la réaction dans les vingt-quatre heures suivantes.

Prévenir la récidive d’une pathologie musculo-squelettique

Les pratiques sportives récentes ne créent pas nécessairement de nouvelles lésions. Elles génèrent surtout de nouveaux scénarios de pathologie musculo-squelettique : reprise accélérée, cumul des disciplines, séance exceptionnelle, fatigue ou récupération insuffisante.

La valeur ajoutée du masseur-kinésithérapeute consiste à relier chaque pathologie musculo-squelettique du sportif à cette trajectoire, puis à objectiver les capacités nécessaires à la reprise.

Une rééducation pertinente ne se contente pas de réduire la douleur. Elle restaure la tolérance du tissu, réintroduit progressivement la vitesse, les impacts et la fatigue, puis confronte le sportif aux exigences réelles de sa discipline.

Cette progression individualisée transforme la prise en charge d’une pathologie musculo-squelettique en véritable stratégie de prévention de la récidive.

Références principales

  • Ministère des Sports, Sport en France : une progression continue depuis 2018, boostée par les Jeux de Paris 2024, 2026.
  • Fédération française d’athlétisme, Running : les pelotons rajeunissent et se féminisent, 2026.
  • Nielsen et al., How much running is too much? Identifying high-risk running sessions in a 5200-person cohort study, British Journal of Sports Medicine, 2025.
  • Hoenig et al., International Delphi consensus on bone stress injuries in athletes, British Journal of Sports Medicine, 2025.
  • Haute Autorité de santé, Entorse du ligament collatéral latéral de cheville : diagnostic, rééducation et reprise sportive, 2025.
  • Picot et al., Development and Validation of the Ankle-GO Score, Sports Health, 2024.

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

Rejoignez-nous sur les réseaux sociaux

Salon kiné : lecteur bloomy
Bloomy by Milo : la dernière innovation chez les kinés !
Mes indispensables en études de kiné : Alix