Maladies inflammatoires en rhumatologie
17 janvier 2023 - Pathologies

77 % des nourrissons sont allaités à la maternité en France, et plus d’un sur trois le sont encore à six mois. Pourtant, cervicalgies et lombalgies peuvent compliquer cette période, entre tétées répétées, portage et récupération post-partum. Le masseur-kinésithérapeute peut alors identifier les contraintes qui entretiennent les symptômes, sécuriser le diagnostic et aider la patiente à retrouver davantage de confort, de mobilité et de confiance dans les gestes du quotidien.
En kiné, lorsqu’une patiente décrit une cervicalgie ou une dorsalgie pendant l’allaitement, la posture est souvent immédiatement mise en cause. Elle regarderait trop longtemps son bébé, arrondirait son dos ou maintiendrait une épaule trop haute.
Cette explication est insuffisante.
Une flexion cervicale, une cyphose thoracique ou une position asymétrique ne sont pas pathologiques par nature. Le corps humain est capable de tolérer de nombreuses positions. La douleur apparaît plus volontiers lorsqu’une configuration est maintenue longtemps, répétée plusieurs fois par jour et associée à une récupération insuffisante.
Il est donc plus pertinent de raisonner selon le rapport entre charge mécanique et capacité fonctionnelle.
La charge dépend notamment :
La capacité fonctionnelle est influencée par les douleurs présentes pendant la grossesse, le mode d’accouchement, le niveau d’activité physique, le sommeil, la fatigabilité et le contexte psychosocial.
Cette lecture évite de culpabiliser la patiente. En kiné, la douleur ne signifie pas nécessairement que l’allaitement est mal fait ou qu’elle détériore son rachis. Elle peut traduire une inadéquation temporaire entre la contrainte imposée et les capacités disponibles.
Une étude transversale publiée en 2026 auprès de 471 femmes allaitantes vivant dans plusieurs pays arabophones rapportait qu’environ huit participantes sur dix présentaient au moins une douleur musculosquelettique. Le dos et les membres supérieurs figuraient parmi les zones les plus touchées. Ces résultats ne peuvent cependant pas être directement transposés à la population française, en raison de la méthodologie déclarative et du contexte socioculturel de l’étude.
Les données spécifiques à l’allaitement restent donc limitées. Une partie des recommandations cliniques repose sur les connaissances générales en rééducation musculosquelettique, adaptées aux particularités du post-partum.
En kiné, les patientes qui pratique l’allaitement décrivent fréquemment une tension de la nuque, une douleur du trapèze supérieur, une sensation de brûlure entre les omoplates ou une gêne le long du bord médial de la scapula.
Plusieurs contraintes peuvent contribuer aux symptômes :
La présence d’une tête projetée vers l’avant ou d’une dyskinésie scapulaire ne suffit pas à expliquer la douleur. Le kinésithérapeute doit rechercher une concordance entre les symptômes, les positions, les mouvements et les activités fonctionnelles.
Le bilan peut explorer les amplitudes cervicales, la mobilité thoracique, la tolérance aux positions maintenues, la fonction de l’épaule et l’endurance des muscles cervicaux et scapulaires.
Une douleur irradiant dans le membre supérieur, accompagnée de paresthésies, d’une diminution de la force ou d’une modification des réflexes, impose de rechercher une composante radiculaire ou une neuropathie périphérique.
La dorsalgie est souvent associée à l’allaitement dans un canapé profond ou un lit, lorsque le bassin reste éloigné du dossier et que les membres supérieurs ne sont pas soutenus.
La région thoracique demeure alors en flexion pendant une durée importante. Cette position n’est pas dangereuse, mais elle peut devenir symptomatique si elle est maintenue sans variation.
L’examen peut intégrer :
La lombalgie du post-partum doit, quant à elle, être analysée au-delà de l’allaitement par le kiné. Elle peut être influencée par une douleur de ceinture pelvienne présente pendant la grossesse, une récupération difficile après césarienne, une limitation de hanche ou une faible tolérance aux transferts répétés.
L’observation des tâches réelles apporte souvent plus d’informations que la seule palpation. Le kinésithérapeute peut analyser la manière dont la patiente se relève d’un canapé, soulève le bébé depuis son lit, porte une coque ou réalise une rotation en charge.
En kiné, on observe que certaines patientes ayant des douleurs musculosquelettiques liées à l’allaitement adoptent des stratégies de rigidification excessive : apnée, contraction permanente des abdominaux ou poussée vers le plancher pelvien. Le travail porte alors sur la modulation de la pression intra-abdominale et la capacité à contracter puis relâcher les muscles selon la demande fonctionnelle.
La ténosynovite de De Quervain concerne le premier compartiment dorsal du poignet, qui contient les tendons du long abducteur du pouce et du court extenseur du pouce.
Le tableau associe généralement :
Les symptômes sont fréquemment reproduits lorsque la patiente soulève son enfant avec les pouces largement ouverts et le poignet dévié.
Les tests de Finkelstein ou d’Eichhoff peuvent participer à l’examen, mais ils doivent être utilisés avec prudence. Ils sont provocateurs et leur positivité ne suffit pas à établir le diagnostic sans concordance clinique.
Une étude qualitative publiée en 2025 montre que cette atteinte peut limiter des activités essentielles : changer une couche, habiller l’enfant, le porter ou effectuer certaines tâches domestiques.
Des paresthésies du pouce, de l’index et du majeur, souvent majorées la nuit, orientent davantage vers une atteinte du nerf médian au canal carpien.
Le bilan doit rechercher :
Le kinésithérapeute doit notamment différencier un syndrome du canal carpien d’une ténosynovite de De Quervain, d’une radiculopathie cervicale ou d’une irritation du nerf radial superficiel.
Une faiblesse progressive, une amyotrophie ou des symptômes persistants imposent une réorientation médicale.
Le bilan doit relier les déficiences observées aux activités réellement limitées.
Le thérapeute cherche à savoir :
À noter : en tant que kiné, une douleur présente avant l’allaitement ne doit pas être artificiellement attribuée à celui-ci.

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En savoir plus sur le suivi patientIl peut être utile d’estimer :
L’objectif n’est pas de calculer précisément une charge biomécanique, mais d’identifier les situations les plus coûteuses.
Une douleur qui apparaît après vingt minutes et disparaît après un changement de position ne présente pas la même irritabilité qu’une douleur intense, déclenchée au moindre mouvement et persistante plusieurs heures.
Le kinésithérapeute peut documenter :
Les objectifs doivent porter sur des tâches concrètes :
La Patient-Specific Functional Scale peut être particulièrement pertinente. Selon la localisation, le Neck Disability Index, le QuickDASH ou l’Oswestry Disability Index peuvent compléter le suivi.
Avec l’accord de la patiente, le kinésithérapeute peut observer une tétée ou réaliser une simulation avec un coussin.
Il analyse :
L’évaluation de la succion, du transfert de lait ou des troubles oro-moteurs du nourrisson nécessite en revanche une compétence spécifique en allaitement.
Toute douleur ressentie pendant une tétée n’est pas musculosquelettique.
Une douleur du sein peut correspondre à une crevasse, un engorgement, une inflammation mammaire, une mastite ou un abcès. Une rougeur, une chaleur locale, une fièvre, des frissons ou une altération de l’état général nécessitent un avis médical ou maïeutique rapide.
Le kinésithérapeute doit également réorienter la patiente devant :
La santé mentale doit également être prise en compte. Une détresse importante, une anxiété envahissante, une perte d’intérêt ou des idées suicidaires nécessitent une orientation immédiate.
La prise en charge peut être structurée autour de trois axes : adapter temporairement les contraintes les plus irritantes, augmenter progressivement la capacité physique et restaurer la confiance dans les gestes du quotidien.
Le kinésithérapeute peut tester :
Aucune position n’est universellement supérieure. La meilleure option est celle qui réduit l’effort, reste compatible avec une bonne prise du sein et peut être reproduite au domicile.
L’adaptation doit être immédiatement retestée : la douleur diminue-t-elle ? La respiration est-elle plus libre ? L’épaule paraît-elle moins sollicitée ?
La patiente peut être encouragée à relever régulièrement la tête, modifier l’appui du bassin, relâcher les épaules ou changer de position entre les tétées.
L’objectif n’est pas d’éviter toute flexion ou asymétrie, mais de réduire le temps passé dans une configuration unique.
Pour soulever le bébé, il peut être utile de :
En cas de douleur radiale du poignet, la patiente peut limiter temporairement les prises avec le pouce largement ouvert et maintenir le poignet plus proche de la neutralité.
Pour une cervicalgie, le programme peut associer :
Un petit essai randomisé publié en 2026 suggère un intérêt des exercices de stabilisation scapulaire chez des femmes allaitantes présentant une cervicalgie non spécifique. L’effectif limité et le suivi court ne permettent toutefois pas d’en faire un protocole universel.
Pour une lombalgie ou une douleur de ceinture pelvienne, le programme peut intégrer :
Dans le cas d’une ténosynovite de De Quervain, la prise en charge peut comprendre :
Pour un syndrome du canal carpien léger ou modéré, des adaptations nocturnes, une orthèse de poignet et des mobilisations tendineuses ou neurales non irritantes peuvent être envisagées.
La progression peut être guidée par plusieurs critères :
Le thérapeute peut faire varier un seul paramètre à la fois : durée, résistance, nombre de répétitions, distance de portage ou complexité de la tâche.
Les techniques manuelles peuvent être utilisées pour moduler temporairement la douleur, mais elles ne doivent pas être présentées comme une remise en place du rachis, de la scapula ou du bassin. Elles servent surtout à faciliter la reprise du mouvement et des exercices.
La prise en charge doit rester pluriprofessionnelle. En effet :
L’objectif n’est jamais de maintenir l’allaitement à tout prix. Il s’agit de réduire les obstacles musculosquelettiques afin que la patiente puisse faire un choix éclairé, compatible avec sa santé et son projet.
Alors que les douleurs maternelles restent encore souvent reléguées au second plan dans l’accompagnement post-partum, comment intégrer plus systématiquement l’évaluation musculosquelettique dans le parcours des femmes qui allaitent ?