Post-partum et kinésithérapie : comment le kinésithérapeute libéral peut structurer un vrai parcours de soins après l’accouchement
23 décembre 2025 - Spécialisations
Se spécialiser en kiné sans s’enfermer ce n’est pas “choisir une niche” : c’est construire une expertise qui reste ouverte, donc compatible avec une pratique variée, un agenda respirable et une carrière durable. Le contexte rappelle l’enjeu : la FFMKR évoque environ 82 000 kinés libéraux en France, et une enquête SPS relayée en 2025 indique que 18 % des soignants libéraux déclarent un diagnostic de burn-out et 19 % un diagnostic de dépression.
Le problème n’est presque jamais la spécialité en elle-même. Le problème, c’est la façon dont elle capture votre organisation.
Dans la réalité du libéral, dès que vous devenez identifié pour un motif (épaule, vestibulaire, périnatalité, sport, douleur persistante…), trois choses se produisent mécaniquement :
Au début, c’est flatteur et confortable. Puis, sans décision explicite, vous vous retrouvez avec une semaine composée à 80–90 % du même type de cas, des mêmes bilans, parfois des mêmes impasses. C’est là que la spécialisation commence à coûter : moins de variété, moins de surprise clinique, plus de charge mentale répétitive, et surtout moins de marge pour dire non.
La bascule arrive souvent quand vous réalisez que “revenir en arrière” n’est plus simple : si vous changez de cap, vous avez peur de casser le flux, de perdre des revenus, ou de devoir refaire votre réseau. Ce n’est pas un manque de volonté : c’est une spécialisation construite sans garde-fous.
L’approche la plus robuste, c’est de viser une expertise ouverte : un pôle fort, visible, cohérent mais qui ne devient jamais exclusif.
Concrètement, cela revient à construire un profil “en T” (sans le transformer en concept fumeux) : une verticale d’expertise, et un socle large assumé. Pourquoi ce modèle tient mieux qu’une niche pure ? Parce qu’il vous protège sur trois plans.
Un repère très utile (et très pratico-pratique) : quand une spécialité dépasse durablement les trois quarts de votre activité, la probabilité d’enfermement augmente. Ce n’est pas une règle absolue, mais un signal de pilotage : si vous sentez que tout devient monotone ou lourd, c’est rarement la technique qui manque, c’est le ratio.
La vraie bascule, en libéral, ne se joue pas dans le choix de la spécialité. Elle se joue dans l’agenda. Quand une orientation fonctionne, elle remplit vite. Et si vous ne posez aucun cadre, elle finit par prendre toute la place. Parfois sans que vous l’ayez décidé.
Premier réflexe utile : limiter les nouveaux bilans “spécialité” par semaine. Pas pour freiner votre développement, mais pour éviter l’effet tunnel. Ce qui enferme, ce n’est pas tant d’avoir beaucoup de patients “dans votre axe”, c’est d’en faire entrer trop vite, jusqu’à ne plus avoir de place pour le reste.
Deuxième point : réserver à l’avance des créneaux pour le reste de votre pratique. Une demi-journée ou deux par semaine, dédiées à des prises en charge plus variées, suffisent souvent à garder une semaine vivante. Si vous ne sanctuarisez rien, ces patients-là passent après… puis disparaissent.
Enfin, un détail qui change beaucoup sur la durée : varier vos journées. Par exemple, garder des bilans plus structurés (et plus exigeants) sur votre axe, et des séances plus légères sur le socle. Ce n’est pas une question d’optimisation : c’est une question de fatigue mentale. Les semaines “monolithiques” usent. Les semaines avec alternance tiennent mieux.
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L’autre piège classique de la spécialisation, c’est l’empilement de formations qui ne construisent pas un fil directeur. Or, en libéral, votre temps de formation est de l’énergie rare : il doit servir votre système, pas le compliquer.
Côté financement, le FIFPL donne un cadre clair : pour les masseurs-kinésithérapeutes, les critères de prise en charge indiquent une prise en charge annuelle plafonnée à 900 €, dans la limite du budget de la profession. Le bon usage (quand on cherche une spécialisation “ouverte”), c’est d’utiliser ce levier pour consolider votre verticale avec un plan sur 12 à 24 mois, plutôt que de multiplier des stages “sympas” mais déconnectés.
Pour le DPC, le contexte de 2025 est important : un arrêté du 23 juin 2025 proroge les orientations prioritaires 2023–2025 jusqu’en 2026, et l’Agence nationale du DPC le rappelle également. Dans une logique de liberté, le DPC sert particulièrement bien à renforcer le socle transversal : raisonnement clinique, qualité/sécurité, coordination, prévention, douleur… Tout ce qui nourrit l’ensemble de vos prises en charge, et évite de devenir “bon dans un couloir mais fragile ailleurs”.
Dernier point, souvent mal géré : la communication. Beaucoup de kinés se retrouvent enfermés non seulement par leur agenda, mais par leur étiquette publique (“le kiné de…”). Or, une identité trop serrée attire des demandes de plus en plus homogènes, et rend toute évolution plus coûteuse.
L’approche la plus saine consiste à formuler votre positionnement comme une orientation de pratique (pour qui, pour quoi, comment), tout en mentionnant explicitement que le cabinet garde un socle varié. C’est simple, mais très efficace : vous captez votre cœur de cible sans assécher le reste.
📃 Les sources :
23 décembre 2025 - Spécialisations
20 octobre 2023 - Spécialisations