Rééducation post-cancer du sein : la kinésithérapie musculosquelettique au cœur de la reconstruction
22 octobre 2025 - Pathologies

En 2026, la pathologie de l’épaule chez le travailleur sédentaire change de visage. Le patient ne vous parle plus de charges lourdes ni de gestes “industriels” : il raconte une douleur qui s’installe sans déclencheur clair, qui monte au fil des heures d’écran, s’étire vers le cou et l’omoplate, puis finit par grignoter le sommeil, le sport du week-end… et la confiance dans le mouvement. Rien de mystérieux : l’INRS rappelle que le travail sur écran peut favoriser des TMS, du stress et d’autres effets liés aux postures sédentaires, surtout quand le poste et l’organisation ne suivent pas. Conséquence directe en cabinet : l’enjeu n’est plus de traquer “la posture parfaite”, mais de comprendre ces profils (laptop nomade, visios en chaîne, télétravail hybride) et de construire une prise en charge centrée sur la capacité, la variabilité et la gestion de la charge.
Chez le travailleur sédentaire, l’épaule n’est pas agressée par une intensité extrême : elle est sollicitée par une durée. Bras légèrement en avant, avant-bras parfois sans appui, main sur la souris/trackpad, micro-ajustements permanents, respiration plus haute, attention soutenue… et surtout faible variabilité. L’INRS insiste sur un point clé : pour prévenir les effets du travail sur écran (au bureau ou à domicile), il faut être vigilant à l’aménagement, au choix du matériel, mais aussi au contenu et à l’organisation des tâches.
La clinique typique : douleur qui apparaît “sans cause”, augmente en fin de journée, se calme le week-end… puis revient, parfois plus tôt. Le piège, ici, est d’enfermer le patient dans une explication uniquement posturale. Le facteur commun, très souvent, est ce trio : statique + répétition + récupération insuffisante.
L’ordinateur portable utilisé seul (écran bas, clavier collé) impose des compromis : tête avancée, épaules qui montent, omoplates qui se figent. L’INRS et l’Assurance maladie le disent très clairement : l’utilisation prolongée d’un portable ne permet pas de respecter les principes d’aménagement d’un poste de travail avec écran ; il faut privilégier une station d’accueil avec écran/clavier/souris, ou à défaut rehausser le portable et ajouter des périphériques déportés.
En cabinet, ce profil correspond souvent à une pathologie de l’épaule “diffuse”, associée à une fatigue cervico-scapulaire.
La visioconférence a une particularité : elle réduit les pauses spontanées. L’INRS recommande de prévoir des pauses actives, idéalement toutes les 30 minutes, pour permettre une récupération physique, visuelle et mentale.
Clinquement : tension trapèzes supérieurs, gêne scapulaire, douleur d’épaule en fin de journée, parfois céphalées. Le symptôme n’est pas “mystique” : il reflète une accumulation de charge statique.
L’INRS rappelle que le télétravail peut engendrer des risques professionnels liés notamment à l’organisation du travail et à l’aménagement des postes au domicile, qu’il convient d’évaluer. Le point important : ce n’est pas seulement le fauteuil. C’est aussi la densité des journées, l’enchaînement de réunions, l’isolement, le reporting excessif… autant de facteurs qui, via stress et fatigue, peuvent diminuer la tolérance musculosquelettique.
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Pour ancrer l’importance du tableau : Ameli rappelle que parmi les TMS les plus fréquents, on retrouve le syndrome de la coiffe des rotateurs à l’épaule (37 %).
En 2025, un article de la Revue du Rhumatisme discute la prise en charge des tendinopathies de l’épaule à partir des recommandations HAS et souligne un point très pratique : une proportion importante de patients arrivant à l’acromioplastie avait eu une prise en charge médicale incomplète, d’où l’intérêt d’un parcours conservateur mieux structuré.
Le message à faire passer au patient sédentaire : l’épaule n’est pas forcément “abîmée”. Elle est souvent irritable et déconditionnée (notamment en endurance), et elle a besoin d’un plan de progression plus intelligent que “repos total” ou “renforcement brutal”.
La raideur globale, l’habillage compliqué, la limitation nette des rotations… doivent vous faire sortir du “tendon à tout prix”. Ameli décrit bien que l’épaule douloureuse chronique peut s’accompagner d’une baisse de force et d’une diminution de mobilité allant jusqu’à la raideur.
Dans ces cas, la stratégie de charge et le tempo (irritabilité) deviennent centraux.
Le travail sur écran n’impacte pas que l’épaule : l’INRS cite aussi les douleurs cervicales, le stress, la fatigue visuelle et l’effet des postures sédentaires.
En pratique, c’est un point de bascule : beaucoup d’épaules de sédentaires sont en réalité des tableaux cou–omoplate–épaule, où traiter l’épaule seule donne des résultats partiels.
Sans alourdir, votre triage doit rester net : traumatisme récent avec perte de fonction brutale, déficit neurologique franc, douleur non mécanique persistante, signes généraux… Ce cadrage rassure et évite les impasses.
Pour l’épaule du sédentaire, trois indicateurs sont particulièrement utiles :
Ces repères collent bien à l’esprit des recommandations HAS sur l’épaule non traumatique et la coiffe, qui structurent l’approche diagnostique et thérapeutique.
Le risque, chez le sédentaire, est l’effet “IRM = verdict”. Votre rôle est d’encadrer : une image décrit des tissus, pas une capacité. L’objectif clinique est de répondre à une question précise (suspicion, échec du parcours conservateur bien conduit, déficit important), pas d’alimenter la peur.
En 2025, l’Anses actualise ses recommandations et conclut que chez l’adulte, interrompre la sédentarité par une marche d’intensité faible à modérée (3 à 6 km/h) pendant 5 minutes toutes les 30 minutes (vs assis ininterrompu) est associé à une amélioration de paramètres métaboliques postprandiaux, avec un poids des preuves élevé.
Même si ces données ne “prouvent” pas à elles seules une efficacité spécifique sur la douleur d’épaule, elles vous donnent un repère opérationnel extrêmement puissant pour réduire la dose de statique et augmenter la variabilité, deux facteurs majeurs de l’épaule du sédentaire. L’Anses propose aussi une version grand public de ce message.
En parallèle, l’INRS recommande lui aussi des pauses actives, idéalement toutes les 30 minutes.
Le gain clinique : moins d’accumulation de tension cervico-scapulaire, meilleure récupération, et une journée “plus tolérable” ce qui change l’adhésion au traitement.
Chez ces patients, la question n’est pas “renforcer fort”, mais renforcer longtemps : coiffe, deltoïde, fixateurs de l’omoplate, contrôle thoracique. L’idée est de construire une épaule qui tient une journée de travail, pas seulement une épaule qui réussit un test en séance.
Une règle simple rend la progression sûre et compréhensible : la séance doit être acceptable, et la récupération doit être rapide (vous adaptez selon l’irritabilité). Cela évite le grand classique “je vais mieux → je force trop → je re-flambe → je m’arrête”.
En 2025, une étude qualitative publiée dans Kinésithérapie la Revue explore le processus de décision des patients souffrant d’une douleur d’épaule liée à la coiffe : certains patients ont le sentiment d’avoir “le choix” sans vraiment l’avoir, et l’étude souligne l’importance de la communication et de la décision partagée.
Concrètement, cela change votre efficacité : plus votre plan est clair (objectif, critères, tempo), plus l’exercice devient “logique” et moins il est vécu comme un pis-aller.
L’ambition n’est pas d’obtenir un poste parfait. L’ambition est d’enlever ce qui entretient le tableau : épaule en suspension, souris trop loin, portable utilisé seul, visios sans pauses.
Laptop : le combo rehausse + clavier/souris (le plus rentable)
L’Assurance maladie recommande de connecter le portable à une station d’accueil (écran, clavier, souris) ; à défaut, rehausser le portable et ajouter des périphériques déportés.
C’est souvent, à elle seule, la différence entre une épaule qui flambe chaque soir et une épaule qui devient “rééducable”.
L’INRS a publié en 06/2025 un dépliant sur les souris et autres dispositifs de pointage : choisir un dispositif adapté et savoir l’utiliser correctement peut éviter l’apparition des TMS au membre supérieur.
Pour votre article, l’intérêt est éditorial et clinique : l’épaule du sédentaire n’est pas qu’une affaire d’épaule, c’est une chaîne de contraintes où la main et l’avant-bras influencent la ceinture scapulaire.
L’INRS rappelle que les risques du télétravail sont liés à l’organisation et à l’aménagement au domicile.
Une approche “80/20” fonctionne très bien : stabiliser le poste (écran/portables/périphériques), puis négocier le rythme (pauses actives, alternance des tâches, visios debout quand possible).
Travail et reconnaissance : facteur aggravant ≠ maladie professionnelle automatique
Le sujet revient fréquemment en consultation : “Est-ce que c’est une maladie professionnelle ?”. Votre rôle est de distinguer :
Ce cadrage évite deux erreurs opposées : banaliser (“ce n’est rien, c’est juste de la posture”) ou figer (“c’est le travail donc c’est irréversible”). Le bon cap reste le même : augmenter la tolérance et réduire la dose de statique.
Conclusion : ce que la pathologie de “l’épaule sédentaire” vous oblige à changer
La douleur d’épaule du travailleur sédentaire est rarement l’histoire d’une lésion isolée. C’est plus souvent une histoire de dose. Trop de statique, trop peu de variabilité, une épaule sous-entraînée en endurance, et une organisation de travail qui laisse peu de récupération.
La “nouvelle approche” tient en une idée : passer de la posture à la capacité.
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