Physiothérapie et kinésithérapie : quelle différence ?
2 mai 2024 - Installation en libéral
Vous rêvez d’exercer la kiné entre mer turquoise et mornes verdoyants ? La Martinique attire chaque année des kinésithérapeutes en quête de soleil, de sens et d’une autre manière de pratiquer. Mais derrière la carte postale, s’installer sur l’île aux fleurs demande une vraie préparation. Démographie professionnelle, démarches administratives, avantages fiscaux, coût de la vie, zonage… Cet article vous donne toutes les clés pour construire votre projet d’installation en Martinique de manière éclairée.
Avant de parler de votre projet professionnel, il est utile de comprendre le contexte sanitaire et démographique de la Martinique. Car c’est bien ce contexte qui conditionne vos opportunités sur le terrain.
La Martinique vit une transition démographique sans précédent. Au 1er janvier 2025, la population de la Martinique est estimée à 355 500 habitants. Le recul démographique se poursuit : le territoire a perdu en moyenne 0,7 % de sa population par an sur la dernière décennie, soit un déficit de 25 400 habitants en dix ans, l’équivalent des communes de Schoelcher et du Diamant cumulées.
Le fait le plus marquant est le vieillissement rapide de la population. Voici les chiffres clés à retenir :
Ce vieillissement s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs : un solde naturel négatif pour la sixième année consécutive (812 décès de plus que de naissances en 2025), un exode continu des jeunes adultes vers la métropole, et l’arrivée à un âge de forte mortalité des générations du baby-boom.
Les projections à long terme sont tout aussi parlantes. Selon un rapport sénatorial publié en 2023 :
Le rapport sénatorial « Vieillir en Martinique » (mai 2023) est formel : une augmentation de 30 % du nombre de seniors en dépendance est attendue d’ici 2030. Les seniors de plus de 60 ans, qui représentaient 25 % de la population en 2016, pourraient atteindre 40 % en 2030.
Les taux d’équipement en hébergement et en lits médicalisés pour les personnes âgées restent nettement plus faibles qu’en métropole. Le vieillissement de la population martiniquaise se distingue par une entrée en dépendance plus rapide qu’en France hexagonale, dans un contexte socio-économique où le taux de pauvreté est deux fois supérieur à la moyenne nationale.
Pour vous, kinésithérapeute, cela se traduit concrètement par une forte demande en soins, et notamment :
D’après le rapport 2024 de l’Observatoire de la Démographie du Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes (CNOMK), la Martinique affiche une densité de 252,9 kinésithérapeutes pour 100 000 habitants au 1er janvier 2024. C’est l’une des densités les plus élevées de France, aux côtés de la Réunion (266,5) et de la Guadeloupe (283,7). La densité nationale moyenne s’établit à 154,5 pour 100 000 habitants.
Ce chiffre peut surprendre. Faut-il en conclure que le territoire est saturé ? Pas nécessairement. Cette densité masque plusieurs réalités :
Au plan national, la profession est en pleine croissance. Quelques repères :
En Martinique spécifiquement, les annonces de recrutement sont régulières. Les cabinets recherchent des assistants et des remplaçants, tant en cabinet qu’à domicile. La diversité des pathologies rencontrées (orthopédie, neurologie, périnatalité, rééducation respiratoire, prise en charge du sportif) rend l’exercice particulièrement riche.
Comme partout en France, l’installation en Martinique commence par l’inscription au tableau du Conseil départemental de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes (CDOMK) de la Martinique. Le CDOMK dispose d’un délai de trois mois pour instruire la demande, conformément au code de la santé publique.
Si vous êtes déjà inscrit dans un autre département et que vous transférez votre activité, vous pouvez provisoirement exercer en Martinique pendant trois mois à compter de la présentation de votre demande d’inscription complète, le temps que le Conseil départemental statue.
Le zonage kiné, défini par l’Agence régionale de santé (ARS), classe chaque territoire selon la densité de kinésithérapeutes libéraux par rapport aux besoins de la population. L’avenant 7 à la convention nationale, approuvé par arrêté du 21 août 2023 (Journal officiel), a renforcé le dispositif démographique. Désormais, les zones sont classées en quatre catégories :
Les zones non prioritaires couvrent désormais 30 % de la population française, contre 22,3 % auparavant. En zone non prioritaire, l’installation n’est possible qu’en remplacement d’un kinésithérapeute conventionné cessant son activité (règle du « un départ pour une arrivée »). La CPAM vérifie la cessation réelle d’activité du praticien sortant et s’assure que la place libérée correspond bien à une activité conventionnée.
Point de vigilance pour la Martinique : avec une densité de 252,9 kinés pour 100 000 habitants (très supérieure à la moyenne nationale de 154,5), il est probable qu’une partie significative du territoire martiniquais soit classée en zone non prioritaire. Il est donc indispensable de consulter la carte interactive CartoSanté et de contacter l’ARS Martinique pour connaître le classement exact de la commune visée avant tout projet d’installation. Les ARS mettent progressivement à jour les cartes du zonage kiné par région depuis 2024 (source : Yotéra, juin 2025).
Si une commune martiniquaise est classée « très sous-dotée » par l’ARS, les aides financières de l’Assurance Maladie sont disponibles. Voici les trois contrats existants :
Un engagement à réaliser au minimum 3 000 actes par an est requis pour le CACCMK et le CAIMK (proratisation entre 1 500 et 3 000 actes). Une rémunération complémentaire de 300 € par mois est aussi prévue pour l’accueil d’un étudiant stagiaire à temps plein en 4ème et 5ème année d’études.
‼️ Mais attention : compte tenu de la densité élevée de kinésithérapeutes en Martinique, il n’est pas certain que des zones « très sous-dotées » existent actuellement sur le territoire. Avant d’intégrer ces aides dans votre business plan, vérifiez impérativement auprès de l’ARS Martinique et de la CPAM locale.
Une fois le zonage vérifié, la démarche se déroule en plusieurs temps :
Pensez aussi à l’intégration dans une maison de santé pluri-professionnelle (MSP) ou une communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS), qui facilite l’exercice coordonné et améliore la prise en charge des patients.
La fiscalité ultramarine comporte un avantage principal pour les kinésithérapeutes libéraux, mais aussi un piège à éviter.
Les personnes domiciliées fiscalement dans un DOM bénéficient d’une réduction spécifique sur leur impôt brut. Les taux sont les suivants :
Cet avantage est reconductible chaque année tant que vous êtes domicilié sur le territoire. Il s’applique à l’exploitant d’une entreprise soumise à l’impôt sur le revenu dans la catégorie des BIC, BNC ou BA, fiscalement domicilié dans un DOM. Pour en bénéficier, il vous suffit d’effectuer votre changement de domicile sur le site des impôts. L’abattement est calculé au prorata si vous n’avez résidé dans le DOM qu’une partie de l’année.
Un point crucial que beaucoup d’articles omettent ou présentent de manière erronée : l’abattement ZFANG (zone franche d’activité nouvelle génération) ne s’applique PAS aux kinésithérapeutes libéraux.
Le Bulletin officiel des Finances publiques est sans ambiguïté : les activités libérales et plus généralement toutes les activités relevant de la catégorie des BNC (article 92 du CGI) sont exclues. Le site impots.gouv.fr confirme que sont exclus certains secteurs, dont la santé.
Si vous exercez en BNC (ce qui est le cas de la quasi-totalité des kinésithérapeutes libéraux), vous ne pouvez pas prétendre à l’abattement ZFANG de 50 % sur le bénéfice imposable. Méfiez-vous des articles qui laissent entendre le contraire.
En résumé, pour un kinésithérapeute libéral en Martinique :
Important : la fiscalité ultramarine est un domaine complexe et mouvant. Le plafond de l’abattement DOM fait régulièrement l’objet de débats politiques. Faites-vous accompagner par un comptable ou un conseiller fiscal spécialisé outre-mer pour optimiser votre situation sans risque.
Les avantages fiscaux ne doivent pas faire oublier que les Martiniquais font face à un coût de la vie sensiblement plus élevé qu’en métropole.
Selon l’étude de l’INSEE publiée en 2022 (données les plus récentes de comparaison spatiale des prix), l’écart de prix entre la Martinique et la France métropolitaine atteint +14 % en moyenne (indice de Fisher : +13,8 %). L’Autorité de la concurrence, dans son avis publié en 2025, confirme ce différentiel et note qu’il a augmenté de 4 points de pourcentage entre 2010 et 2022.
Les postes les plus touchés :
L’explication tient à la combinaison de l’insularité (environ 7 000 km de la métropole), de l’octroi de mer (taxe spécifique aux territoires ultramarins sur les produits importés), de la taille réduite du marché (environ 355 000 habitants) et d’une chaîne de distribution comptant parfois jusqu’à douze à quinze intermédiaires, contre cinq en métropole.
Un protocole d’objectifs et de moyens de lutte contre la vie chère a été signé le 16 octobre 2024 par le préfet, la CTM, les distributeurs et les transporteurs, avec pour objectif une baisse de prix sur plus de 6 000 références alimentaires. Les premiers bilans (janvier 2026) montrent des baisses effectives sur 92 % des références de la famille « CTM-État » et 77 % de la famille « État+ ». L’efficacité à long terme reste cependant à confirmer.
Tout n’est pas plus cher. Plusieurs postes de dépenses sont plus favorables qu’en métropole :
Plusieurs leviers existent. Les circuits courts (marchés locaux, pêcheurs, producteurs) permettent de réduire significativement la facture alimentaire. L’optimisation énergétique (gestion de la climatisation, LED) peut faire baisser la facture d’électricité. Certains dispositifs sociaux (prime d’activité, ALS, chèque énergie) viennent compléter le tableau. La majoration de 40 % du traitement des fonctionnaires en poste en Martinique, bien que ne s’appliquant pas directement aux libéraux, tire les prix vers le haut et crée une clientèle solvable sur le territoire.
Au-delà des chiffres, c’est souvent le mode de vie qui fait pencher la balance.
Les kinés installés en Martinique partagent généralement leur activité entre cabinet, domicile et vacations en clinique. Les journées sont denses, avec une grande diversité des pathologies rencontrées :
Les soins à domicile occupent une place particulièrement importante, en raison du vieillissement de la population et de la géographie de l’île. Il est fréquent de couvrir un rayon de 15 km autour de son lieu d’exercice. Avoir un véhicule est indispensable, le réseau de transport en commun étant limité. Le trafic routier peut aussi être un facteur à anticiper, en particulier autour de Fort-de-France aux heures de pointe.
Le cadre de vie martiniquais n’a pas d’équivalent en métropole. Température constante autour de 28-30 °C, eau de mer à 28 °C, plages, randonnées dans la forêt tropicale, Montagne Pelée, culture créole, gastronomie locale, carnaval… Les kinés installés sur place soulignent que les dépenses « plaisir » sont réduites car l’environnement naturel offre à lui seul une richesse de loisirs. L’espérance de vie en Martinique est d’ailleurs d’environ 83 ans, au-dessus de la moyenne nationale.
La Martinique reste un petit territoire. Le réseau professionnel est plus restreint qu’en métropole, et les formations continues ne sont pas aussi facilement accessibles. Pour rompre cet isolement, plusieurs pistes :
La Martinique dispose de son propre institut de formation : l’Institut interrégional Antilles-Guyane de formation des masseurs-kinésithérapeutes, implanté à Fort-de-France au sein du CHU de Martinique. Créé en 2002, c’est le seul IFMK de la région. Il porte le nom de sa première directrice, Madame Annick Labonne (source : CHU de Martinique).
L’institut a une capacité d’accueil de 24 élèves par promotion, répartis comme suit :
L’accès se fait après une année universitaire réussie (PASS, LAS, STAPS ou STS), suivie de quatre années de formation à l’IFMK. Le programme comprend des enseignements théoriques (sciences humaines, santé publique, sciences biomédicales, sémiologie, interventions en masso-kinésithérapie, anglais professionnel…) et des stages cliniques répartis en Martinique, Guadeloupe et Guyane, avec la possibilité de mobilité de type Erasmus.
Notons qu’un décret du 11 décembre 2025 a porté le diplôme d’État de masseur-kinésithérapeute à 300 ECTS (au lieu de 240), afin de le mettre en conformité avec le grade de master conféré de plein droit aux titulaires du DEMK.
La loi n° 2023-379 du 19 mai 2023 portant amélioration de l’accès aux soins par la confiance aux professionnels de santé a introduit la possibilité d’un accès direct aux kinésithérapeutes, sans prescription médicale préalable, dans le cadre d’un exercice coordonné (MSP, CPTS, établissement de santé). Le nombre de séances est limité à 8 en l’absence de diagnostic médical préalable.
En Martinique, où la densité médicale est fragile et le vieillissement rapide, cette avancée peut représenter un levier considérable pour améliorer l’accès aux soins. Les kinés intégrés dans une MSP ou une CPTS pourraient ainsi jouer un rôle de premier recours encore plus affirmé.
Voici les points essentiels à valider avant de vous lancer en tant que kiné en Martinique.
La Martinique offre un cadre d’exercice unique, à la croisée d’une demande de soins croissante liée au vieillissement rapide de la population et d’une qualité de vie incomparable. Mais le projet doit être mûri avec rigueur. La densité élevée de kinés sur le territoire, le coût de la vie significativement supérieur à la métropole, le zonage probablement restrictif et les spécificités du marché local imposent une préparation solide et réaliste.
Si vous êtes prêt à relever le défi, l’île aux fleurs peut vous offrir bien plus qu’un cadre professionnel : une véritable aventure humaine, dans un territoire où le kinésithérapeute joue un rôle de premier plan pour la santé de la population. 🌺
Sources :
2 mai 2024 - Installation en libéral