Physiothérapie et kinésithérapie : quelle différence ?
2 mai 2024 - Installation en libéral
Exercer comme kiné en Polynésie française fait rêver beaucoup de masseurs-kinésithérapeutes libéraux. Vu depuis la métropole, le projet évoque le soleil, le lagon, un rythme de vie plus doux et une autre manière de travailler. Mais sur place, la réalité est plus exigeante : il faut trouver sa place, gérer les démarches locales, absorber le coût du démarrage et accepter que l’activité ne se construise pas toujours immédiatement. Pour en parler concrètement, nous avons échangé avec Claire, kinésithérapeute diplômée depuis 2013, installée à Tahiti après un premier passage professionnel en Guadeloupe. Elle revient sur son parcours, ses débuts sur place et ce que la Polynésie a réellement changé dans sa façon d’exercer.
Claire : « Bonjour à tous. Je suis kinésithérapeute depuis 2013. J’ai fait mes études en Espagne et, après mon diplôme, je suis partie presque tout de suite en Guadeloupe. J’y avais trouvé un remplacement assez facilement, puis finalement je suis restée deux ans, notamment à Marie-Galante. Ensuite, je suis venue en Polynésie française, que je connaissais déjà grâce à un premier voyage. J’avais eu un énorme coup de cœur pour le territoire, et je voulais vraiment tenter ma chance ici. »
Claire : « En Guadeloupe, la vie était très agréable, surtout quand on aime les îles. Mais professionnellement, je faisais surtout du domicile, avec beaucoup de patients âgés et des prises en charge qui ne correspondaient plus vraiment à ce que je cherchais. À ce moment-là, j’avais envie d’autre chose, de retrouver davantage de cabinet, d’autres types de situations cliniques, une autre dynamique de travail. Et puis j’avais gardé de la Polynésie un souvenir très fort. Ce n’était pas seulement un beau voyage : j’avais vraiment le sentiment que ce territoire pouvait devenir un vrai projet de vie. »
Claire : « Non, pas du tout. Bien sûr, le cadre joue, ce serait hypocrite de dire l’inverse. Mais ce n’était pas juste une histoire de décor. Je voulais voir si je pouvais réellement vivre ici, travailler ici, et construire quelque chose qui me ressemble davantage. C’était autant une réflexion sur ma vie que sur mon métier. »
Claire : « Franchement, non. Ici, cela ne fonctionne pas vraiment comme en métropole. Il faut d’abord être là, trouver un logement, faire ses papiers, puis aller voir les cabinets. Tant qu’on n’est pas physiquement sur place, le projet reste très théorique pour les gens. Et comme cela demande beaucoup d’engagement, les cabinets ont tendance à privilégier les personnes déjà installées localement. »
Claire : « Cela change toute la logique. En métropole, on peut souvent essayer de sécuriser quelque chose avant de partir. Ici, il faut presque faire l’inverse : arriver, s’installer, devenir visible, avancer dans les démarches, puis commencer à créer du lien et à trouver peu à peu sa place. C’est plus engageant, parce qu’on ne peut pas tout verrouiller avant. »
Claire : « Non, pas vraiment. Ce n’est pas impossible en théorie, mais ce n’est pas le projet le plus logique. Comme tout demande du temps, de l’énergie et des papiers, il faut plutôt venir avec une vraie intention d’installation. »
Claire : « Il faut accepter que ce soit plus lourd qu’un simple remplacement en métropole ou même dans certains DOM. Ici, il faut avoir sa patente, son numéro CPS, son numéro de sécurité sociale local, et tous les papiers qui vont avec. C’est pour ça qu’il faut vraiment préparer son arrivée. »
Claire : « Il ne faut pas partir en pensant que l’on réglera tout en arrivant. Il faut vraiment anticiper. Si l’on vient avec un projet flou ou avec l’idée qu’on improvisera sur place, cela devient vite compliqué. Il vaut mieux considérer dès le départ qu’on part pour une vraie installation. »
Claire : « Comme il y a tout un cadre administratif à mettre en place, cela ne se prête pas forcément à une logique de passage rapide. Il faut venir avec une vraie intention d’installation. »
Claire : « Non, pas du tout. Le démarrage a été progressif. Il a fallu du temps pour que les choses se mettent en place. Au début, il faut être capable d’attendre un peu, de s’adapter, et d’accepter que tout ne démarre pas immédiatement. »
Claire : « Je dirais l’incertitude. Quand on arrive, on a envie que les choses avancent vite, mais ce n’est pas toujours le cas. Il faut être capable de tenir dans cette phase où l’on n’a pas encore vraiment trouvé son rythme. Cela demande de la patience, mais aussi une certaine solidité mentale. »
Claire : « Oui, clairement. Il faut de la marge, financièrement mais aussi mentalement. Il ne faut pas arriver en pensant que l’activité sera lancée tout de suite. Il faut accepter une période de transition. »
Claire : « Aujourd’hui, je suis installée à mon compte en kiné. Je fais environ trois jours par semaine, en louant une salle dans le cabinet d’un collègue. Le cabinet existe depuis un moment, nous sommes trois collègues pour deux salles. En parallèle, je travaille aussi trois jours dans un club de plongée. Je vis et je travaille à Tahiti, dans la même commune. »
Claire : « Oui. Il s’est clairement éloigné d’un modèle très centré sur le domicile, comme j’avais pu le connaître avant. Ici, je suis davantage dans un fonctionnement de cabinet, avec aussi une autre place donnée au sport. »
Claire : « Oui. En parallèle des remplacements, je suis tombée un peu par hasard sur quelqu’un qui développait le football féminin en Polynésie et qui cherchait un staff paramédical. J’ai donc suivi les équipes féminines pendant quelques années. J’ai même pu faire quelques déplacements dans le Pacifique, notamment aux îles Cook et aux Samoa. Comme j’aimais déjà la kiné sportive, c’était une très belle expérience. »
Claire : « Je dirais que j’ai trouvé quelque chose de plus souple, plus choisi, plus aligné avec ce que j’aime. J’ai moins de domicile, davantage de cabinet, une vraie place pour le sport, et un rythme qui me permet aussi d’avoir une autre activité à côté. Au fond, je n’ai pas seulement changé de territoire, j’ai aussi changé ma manière de vivre mon métier. »
Claire : « Ce n’est pas seulement le fait d’être en Polynésie. C’est le fait d’avoir construit une manière d’exercer qui me ressemble davantage. Je pense que c’est ça qui fait la différence. »
Devenir kiné en Polynésie française, ce n’est pas seulement partir vivre au soleil. C’est accepter un projet plus engageant, avec des démarches spécifiques, un accès au travail moins immédiat qu’en métropole et une activité qui peut mettre du temps à se construire.
Mais pour les kinés qui arrivent préparés, patients et prêts à penser leur installation autrement, être kiné en Polynésie française peut aussi offrir quelque chose de rare : une manière d’exercer plus libre, plus progressive et plus fidèle à ce qu’ils recherchent vraiment dans leur vie professionnelle.
Merci à Claire pour son partage ! 🙌
2 mai 2024 - Installation en libéral