Ventouses en kinésithérapie : bienfaits, efficacité, risques et réglementation
21 mai 2026 - Techniques et outils
Cupping, Hijama, ventousothérapie, vacuothérapie… En kinésithérapie, les ventouses reviennent régulièrement dans les discussions, notamment depuis leur médiatisation dans le sport de haut niveau. Présentées comme une technique capable de relâcher les muscles, d’activer la circulation sanguine ou de soulager certaines douleurs, elles intriguent aussi certains kinésithérapeutes. Mais en cabinet, la question ne peut pas se limiter aux effets supposés. En 2026, un kiné doit surtout se demander : les ventouses sont-elles efficaces, sans risque, et surtout autorisées dans l’exercice de la kinésithérapie ?
La thérapie par ventouses est généralement présentée comme une technique permettant de relâcher les muscles, activer la circulation sanguine locale, diminuer les sensations de raideur et soulager certaines douleurs. L’effet recherché repose sur une dépression créée à l’intérieur de la ventouse : la peau et les tissus superficiels sont aspirés, ce qui provoque une réaction locale visible, souvent sous forme de rougeur, d’ecchymose ou de marque circulaire.
Dans les discours commerciaux ou les formations en ventouses, les bienfaits mis en avant sont nombreux : soulagement des douleurs musculaires, détente des tensions, amélioration de la récupération après le sport, action sur les douleurs articulaires, effet drainant, stimulation de la circulation sanguine ou encore aide à la mobilité des tissus. Certaines approches vont même plus loin, en évoquant un effet anti-inflammatoire, détoxifiant ou global sur le corps humain.
Il faut toutefois être prudent. Ces effets thérapeutiques ne sont pas tous démontrés scientifiquement avec un niveau de preuve solide. Les études disponibles suggèrent parfois un effet à court terme sur certaines douleurs, notamment musculo-squelettiques ou lombaires, mais les résultats sont hétérogènes et doivent être interprétés avec précaution. Une méta-analyse publiée en 2025 sur les douleurs musculo-squelettiques chroniques conclut à un possible effet immédiat sur l’intensité de la douleur, mais précise que les résultats doivent être lus avec prudence en raison de l’hétérogénéité des études et de l’absence d’amélioration claire sur le handicap fonctionnel ou la santé mentale. Une autre synthèse de 2025 sur la douleur évoque des résultats favorables, mais avec une qualité de preuve faible.
Autrement dit, la ventousothérapie peut être perçue comme soulageante par certains patients, mais cela ne suffit pas à affirmer qu’elle dispose d’une efficacité propre, robuste et généralisable. En kinésithérapie, cette nuance est essentielle : un ressenti positif ne remplace pas une preuve scientifique solide, surtout lorsque la pratique comporte des risques et fait l’objet d’un avis défavorable de l’Ordre.
Dans les pays ou contextes où elle est pratiquée, l’utilisation des ventouses repose sur la pose d’un ou plusieurs dispositifs sur une zone du corps. La technique des ventouses consiste à créer un vide d’air, soit par chauffage, soit par pompe manuelle, soit par compression d’une ventouse en silicone. Cette dépression entraîne un effet de succion sur la peau.
On distingue généralement plusieurs méthodes :
Il existe aussi une différence majeure entre les ventouses sèches et les ventouses humides :
Pour un kinésithérapeute français, la question n’est cependant pas seulement technique. Elle est d’abord réglementaire. Même si la pose des ventouses peut sembler simple, même si les kits de ventouses en silicone, ventouses en verre ou ventouses d’aspiration chinoises sont facilement disponibles en ligne, la pratique n’est pas autorisée dans l’exercice professionnel du masseur-kinésithérapeute en France, selon l’avis ordinal actuellement disponible.
Les modèles de ventouses sont nombreux. Les plus connues sont les ventouses en verre, historiquement utilisées avec une flamme pour créer un vide par variation de température. Elles sont associées à l’image classique de la ventouse chinoise ou de la médecine traditionnelle. Leur usage expose toutefois à un risque de brûlure lorsque la chaleur est mal maîtrisée.
La question de l’efficacité des ventouses est complexe. Certaines études suggèrent que la thérapie par ventouses pourrait aider à soulager certaines douleurs, notamment les douleurs lombaires, les douleurs musculaires ou des douleurs musculo-squelettiques chroniques. Une revue systématique de 2024 sur la lombalgie a conclu à des résultats favorables sur la douleur et le handicap, tout en signalant une hétérogénéité importante des études, ce qui limite la certitude des conclusions.
Le problème principal tient à la qualité méthodologique des recherches : petits effectifs, protocoles différents, comparateurs discutables, difficulté à mettre en place un placebo crédible, association fréquente avec d’autres traitements, durée de suivi parfois courte. Une amélioration observée après une séance ne signifie donc pas automatiquement que l’effet de succion de la ventouse est responsable du soulagement. L’effet placebo, l’évolution naturelle de la douleur, l’attention portée au patient, le toucher, le repos ou les soins associés peuvent aussi expliquer une partie du résultat.
Pour un kiné, cela change tout. Une technique peut être populaire, visible sur les réseaux sociaux, utilisée dans le sport ou recommandée par certains praticiens sans pour autant répondre aux exigences d’une pratique de soin sécurisée, éprouvée et réglementairement acceptable. Le CNOMK a précisément retenu cette logique dans son avis de 2021 : la pratique est considérée comme insuffisamment éprouvée et associée à un risque injustifié de lésion.
Les ventouses peuvent donc être associées à un soulagement ressenti chez certains patients, mais leur efficacité thérapeutique propre reste discutée, variable selon les indications et insuffisamment établie pour justifier leur utilisation par les kinésithérapeutes en France.
Les effets secondaires des ventouses sont bien documentés. Les plus fréquents sont les rougeurs, les ecchymoses, les hématomes, les douleurs locales, les sensations de brûlure ou l’hyperpigmentation temporaire. Ces marques sont parfois banalisées, car elles font partie de l’image classique du cupping. Pourtant, elles correspondent bien à une réaction cutanée provoquée par l’aspiration.
Des complications plus sérieuses sont aussi décrites : brûlures, infections locales, cicatrices, ulcérations, aggravation de certaines affections dermatologiques, panniculite, malaise, vertiges ou douleurs aggravées après la séance. Les techniques utilisant la chaleur exposent davantage au risque de brûlure. Les pratiques humides, avec incision, augmentent les risques d’infection, de saignement et de contamination si les règles d’asepsie ne sont pas strictes. La littérature médicale rapporte des cas d’infection sévère après des séances de cupping. Les ventouses peuvent aussi laisser des marques circulaires sur la peau. Chez l’enfant, ces marques peuvent parfois faire penser à tort à des traces de traumatisme.
Les contre-indications doivent donc être prises au sérieux. La prudence est particulièrement importante en cas de trouble de la coagulation, prise d’anticoagulants, peau fragile, plaie, infection cutanée, brûlure, eczéma, psoriasis, pathologie vasculaire, diabète compliqué, grossesse selon les zones concernées, cancer, grande fatigue, fièvre ou état général altéré. Dans ces situations, la pratique sauvage ou non encadrée augmente le risque de complication.
Il faut aussi rappeler un point souvent oublié : la Sécurité sociale ne rembourse pas la ventousothérapie dans le cadre de la kinésithérapie. Une éventuelle prise en charge par une complémentaire santé ne change rien au cadre déontologique que le kinésithérapeute doit respecter.
De la même manière, le fait qu’un patient accepte de payer une séance hors nomenclature ne suffit pas à autoriser la pratique. Le kinésithérapeute doit d’abord s’assurer que l’acte proposé respecte les règles de sa profession, les données acquises de la science et la sécurité du patient.
En France, on trouve des offres de ventouses chez différents praticiens : naturopathes, praticiens en médecine traditionnelle, esthéticiennes, ostéopathes, préparateurs physiques, coachs, centres de bien-être ou praticiens se réclamant de la Hijama. Mais la présence de ces offres ne signifie pas que tout professionnel de santé peut les proposer dans son cadre d’exercice.
Pour les masseurs-kinésithérapeutes, le point de référence reste l’avis du Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes. En mars 2021, le CNOMK a estimé que la pratique des ventouses, aussi appelée ventousothérapie ou cupping therapy, était insuffisamment éprouvée et faisait courir au patient un risque injustifié de lésion. La conclusion est claire : le kinésithérapeute ne peut pas proposer ce procédé à ses patients.
Cette position s’appuie notamment sur deux articles du Code de la santé publique. L’article R.4321-87 dispose que le masseur-kinésithérapeute ne peut conseiller ou proposer au patient un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. L’article R.4321-88 précise qu’il doit s’interdire de faire courir au patient un risque injustifié.
Dit simplement : un kiné ne peut pas contourner cette interdiction en présentant les ventouses comme du bien-être, du hors nomenclature, du massage, de la récupération sportive ou une prestation esthétique. Le code de déontologie s’applique à l’ensemble de son exercice professionnel.
À ce jour, la réponse est non. Pour les kinésithérapeutes français, la ventousothérapie fait partie des pratiques que l’Ordre ne considère pas comme compatibles avec l’exercice professionnel. Le sujet n’est donc pas seulement une question de formation, de matériel, de bonne volonté ou d’expérience personnelle.
Un kiné qui utilise des ventouses sur un patient s’expose à plusieurs risques : rappel ordinal, plainte d’un patient, mise en cause disciplinaire, difficulté avec son assurance professionnelle en cas de complication, ou contestation en cas de communication commerciale trompeuse. Le risque est encore plus élevé si la pratique est présentée comme thérapeutique, efficace, sans danger ou validée scientifiquement.
La prudence est d’autant plus nécessaire que certains contenus en ligne entretiennent une confusion. Des vendeurs parlent de ventouse kiné, ventouse kinésithérapeute, ventouse médicale ou ventouses PRO. Des organismes proposent des formations en ventouses à destination de professionnels du soin. Mais une formation privée, même sérieuse en apparence, ne modifie pas le cadre déontologique fixé par l’Ordre.

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Il existe de nombreuses offres de formation technique des ventouses : cours en présentiel, apprentissage en ligne, formation en ventouses sur une journée, modules de cupping therapy, formation ventouse chinoise, formation Hijama ou initiation au massage par ventouses. Certaines ciblent explicitement les kinésithérapeutes, les ostéopathes, les coachs sportifs ou les professionnels du bien-être.
Pour un kinésithérapeute français, le vrai sujet n’est pas seulement de trouver un expert ou un professionnel capable d’enseigner la méthode. La vraie question est donc la suivante : à quoi sert de se former à une technique si le kinésithérapeute ne peut pas la proposer à ses patients dans le cadre de son exercice professionnel ?
Se former peut éventuellement avoir un intérêt culturel ou informatif : comprendre ce que les patients ont reçu ailleurs, savoir répondre à leurs questions, identifier les risques, repérer les dérives ou déconstruire certaines promesses exagérées. En revanche, suivre une formation pour intégrer les ventouses à son cabinet, créer une prestation de ventouse massage kiné ou vendre des séances hors nomenclature expose à un vrai problème réglementaire.
Avant de s’inscrire, il est donc préférable de vérifier trois points : le discours de l’organisme sur le cadre légal français, la présence ou non de promesses thérapeutiques fortes, et la compatibilité réelle avec le code de déontologie des masseurs-kinésithérapeutes. Si la formation laisse entendre que les ventouses sont autorisées pour les kinés en France sans nuance, mieux vaut être très vigilant.
Il est très facile d’acheter des ventouses en ligne. On trouve des kits de ventouses en verre, des ventouses en silicone, des ventouses d’aspiration chinoises avec pompe à vide, des lots de ventouses pour massage, des modèles pour le visage, des ventouses anti-cellulite ou des ventouses dites professionnelles. Les vendeurs sur Amazon, les sites spécialisés bien-être ou les boutiques de matériel paramédical mettent souvent en avant le prix, le stock, la première commande, la commande ou livraison accélérée, le panier, le service client ou les avis utilisateurs.
Mais là encore, la facilité d’achat ne doit pas créer de confusion. Le fait qu’un produit soit disponible à la vente ne signifie pas qu’un kiné peut l’utiliser sur ses patients. Les fournisseurs peuvent vendre librement un pistolet de massage, une ventouse en silicone, une pompe manuelle ou un kit de cupping, mais le kinésithérapeute doit respecter le cadre de sa profession avant de les intégrer à ses soins. Leur usage reste soumis aux règles applicables à la profession, notamment en matière de sécurité du patient, de déontologie et de données acquises de la science.
Pour un cabinet de kinésithérapie, mieux vaut donc éviter d’acheter des ventouses pour les utiliser en soin, au regard de l’avis ordinal actuel. Le professionnel peut éventuellement conserver ce matériel à des fins de démonstration pédagogique interne, de veille ou de compréhension de la pratique, mais il ne doit pas l’utiliser pour réaliser un acte sur un patient.
Depuis les années 2000, les publications scientifiques sur la thérapie par ventouses se sont multipliées. Les études portent sur des indications variées : lombalgies, cervicalgies, douleurs musculo-squelettiques, douleur myofasciale, arthrose du genou, migraines, douleurs menstruelles, récupération sportive, aponévrosite plantaire ou certaines pathologies inflammatoires.
Mais l’existence d’études ne suffit pas à valider une pratique. La qualité des données reste très variable. Certaines revues concluent à un possible effet antalgique à court terme, notamment sur la douleur lombaire ou musculo-squelettique, tandis que d’autres insistent sur les limites méthodologiques, l’hétérogénéité des protocoles et la prudence nécessaire dans l’interprétation.
Pour un kiné, l’enjeu n’est pas de savoir si une étude isolée montre une amélioration sur un score de douleur. Il faut donc déterminer si la balance bénéfice-risque penche suffisamment en faveur de cette pratique, si les ventouses apportent un effet supérieur aux approches déjà autorisées et éprouvées, et si leur utilisation respecte le cadre déontologique. À ce jour, l’Ordre considère que ce n’est pas le cas.
Vous faites peut-être partie des kinés curieux, intrigués par les ventouses en kinésithérapie. Vous avez peut-être vu passer une formation technique des ventouses, un kit de ventouse kiné, une vidéo de ventouse massage kiné ou un témoignage de sportif affirmant avoir ressenti un soulagement après une séance. Cette curiosité est compréhensible : les patients posent des questions, les réseaux sociaux popularisent la pratique et certains outils semblent simples à utiliser.
Mais pour un kinésithérapeute libéral, trois idées doivent rester prioritaires.
D’abord, les ventouses ne sont pas autorisées dans l’exercice professionnel du kiné en France, selon l’avis du CNOMK. Ensuite, les preuves scientifiques restent insuffisantes pour affirmer une efficacité thérapeutique solide et généralisable. Enfin, les risques existent, en particulier les lésions cutanées, les brûlures, les infections, les douleurs aggravées ou les complications liées aux pratiques humides.
Cela ne signifie pas qu’il faut ignorer le sujet. Au contraire, il peut être utile de connaître la ventousothérapie pour répondre avec sérieux aux patients qui s’y intéressent, expliquer la différence entre ressenti et preuve scientifique, rappeler les risques, et orienter vers des approches autorisées, évaluées et adaptées à leur situation.
La bonne posture n’est donc ni le rejet moqueur, ni l’adhésion enthousiaste. C’est une posture de professionnel de santé : informée, prudente, sourcée et conforme au cadre déontologique.
La question ne peut pas se limiter aux effets supposés. En 2026, un kiné doit surtout se demander : les ventouses sont-elles efficaces, sans risque, et surtout autorisées dans l’exercice de la kinésithérapie ?
12 juillet 2024 - Techniques et outils
4 août 2023 - Techniques et outils
J’utilise mes ventouses tous les jours ! C’est pas plus dangereux que le theragun !!! C’est 1 autre façon de mobiliser les tissus notamment les fascias !!!!