Activité physique et santé publique : pourquoi les kinés libéraux ont un rôle décisif à jouer au XXIe siècle
9 juin 2026 - Actualités
Un résident refuse de répéter plusieurs transferts assis-debout, mais accepte de se lever pour déposer une balle près d’un chien. Une patiente marche quelques mètres supplémentaires pour rejoindre l’animal. Une personne présentant des troubles neurocognitifs mobilise spontanément son bras pour brosser son pelage. Ces situations illustrent le potentiel de la médiation animale en EHPAD. Mais une interaction agréable ne constitue pas automatiquement un soin de rééducation. Pour vous, masseur-kinésithérapeute, la véritable question est la suivante : la présence de l’animal permet-elle au résident de bouger davantage, mieux ou plus durablement ? Dans certaines situations, la réponse est oui. L’animal peut donner une finalité concrète au mouvement, soutenir l’attention et faciliter l’engagement d’un résident peu réceptif aux exercices habituels. Il ne remplace toutefois ni le bilan kinésithérapique, ni la progression des exercices, ni l’évaluation des résultats.
La présence d’un animal dans un établissement peut relever de la vie quotidienne, de l’animation, du soutien relationnel ou d’un véritable projet thérapeutique.
Un atelier durant lequel les résidents caressent ou observent un chien peut favoriser les échanges, rompre l’isolement et procurer du plaisir. Ces bénéfices sont intéressants, mais ils ne suffisent pas à qualifier l’activité de rééducation.
Pour que la médiation animale en EHPAD s’intègre à une prise en charge kinésithérapique, trois éléments doivent être réunis :
L’objectif n’est donc pas de « faire une séance avec un chien ». Il peut être d’augmenter le nombre de transferts, de prolonger le temps passé debout, de mobiliser un membre supérieur ou d’améliorer la distance de marche.
L’animal donne alors du sens à une tâche conçue, adaptée et sécurisée par le kinésithérapeute.
Oui. En France, un masseur-kinésithérapeute peut utiliser un animal comme médiateur à visée thérapeutique.
Le Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes précise que cette pratique est possible lorsqu’elle est cohérente avec le bilan, acceptée par le patient et mise en œuvre sans risque injustifié. L’animal doit également bénéficier d’un suivi sanitaire et comportemental adapté.
La pratique doit néanmoins être préparée avec l’établissement. Un kinésithérapeute libéral ne peut pas simplement introduire son animal dans l’EHPAD sans tenir compte du règlement intérieur, des règles d’hygiène et de l’organisation des locaux.
La loi du 8 avril 2024 et l’arrêté du 3 mars 2025 encadrent principalement le droit des résidents à accueillir leur propre animal de compagnie. Ils ne donnent pas automatiquement à un professionnel extérieur le droit de venir avec un animal médiateur.
Un projet sérieux suppose donc :
La convention écrite n’est pas une obligation légale générale, mais elle est vivement recommandée pour sécuriser les interventions régulières.
En EHPAD, le frein à la rééducation n’est pas toujours une incapacité physique. Le résident peut être fatigué, anxieux, douloureux, apathique ou peu convaincu de l’intérêt d’un exercice répétitif.
La consigne « levez-vous cinq fois » peut paraître abstraite. Se lever pour déposer un objet dans un panier situé près du chien donne une finalité immédiate à l’action.
L’animal peut ainsi remplir plusieurs fonctions.
Le résident ne marche plus uniquement pour travailler son endurance. Il se déplace pour rejoindre l’animal. Il ne tend plus seulement le bras pour mobiliser son épaule, mais pour lui présenter une brosse ou un objet.
La tâche motrice reste comparable, mais elle devient plus concrète.
Chez certaines personnes présentant des troubles neurocognitifs, un animal peut capter l’attention plus facilement qu’une consigne verbale complexe. Sa position dans l’espace offre également un repère visuel directement exploitable.
Déplacer plusieurs objets, présenter une cible à différentes hauteurs ou marcher entre deux repères permet de répéter un même mouvement sans renforcer l’impression de monotonie.
Le résident peut appeler l’animal, lui donner une consigne ou participer symboliquement à son soin. Il ne reçoit plus seulement une demande du professionnel : il agit sur son environnement.
L’intérêt principal de la médiation animale ne semble donc pas résider dans une propriété thérapeutique particulière de l’animal, mais dans sa capacité à améliorer l’engagement du résident.
La littérature scientifique est encourageante, mais elle reste hétérogène.
Les résultats les plus régulièrement observés concernent :
Une revue systématique portant sur 47 études a identifié des effets potentiels dans plusieurs domaines psychosociaux, comportementaux, cognitifs et physiologiques. Les protocoles étaient toutefois très différents en matière de durée, de fréquence, d’animal utilisé et de profil des participants.
Les effets strictement moteurs sont moins bien établis. Il est souvent difficile de déterminer si l’amélioration observée vient de l’animal, de l’activité physique elle-même, de l’attention du professionnel ou de la nouveauté de la séance.
Les données disponibles ne permettent donc pas d’affirmer que la médiation animale améliore davantage la marche ou l’équilibre qu’une rééducation conventionnelle bien conduite.
La conclusion la plus prudente est la suivante :
La médiation animale en EHPAD semble surtout utile pour faciliter l’engagement dans la rééducation. Son efficacité propre sur la marche, l’équilibre ou la prévention des chutes reste insuffisamment démontrée.
L’exercice doit toujours partir du besoin clinique du résident, et non des capacités ou des habitudes de l’animal.
Le résident peut se lever pour prendre un objet sur une tablette, puis le déposer dans un panier placé à proximité du chien.
Vous pouvez observer :
Brosser l’animal, déplacer un accessoire ou lui présenter une cible peut solliciter la préhension, la coordination, l’épaule et les rotations du tronc.
La hauteur et la position de l’objet doivent rester compatibles avec les amplitudes disponibles et ne provoquer ni douleur ni perte d’équilibre.
En position assise ou debout, une cible peut être présentée à droite, à gauche ou légèrement en hauteur afin de provoquer des transferts de poids contrôlés.
L’animal ne doit jamais devenir un point d’appui.
Le résident peut marcher à proximité du chien ou rejoindre plusieurs repères pendant que l’animal avance avec son conducteur.
Chez une personne présentant un risque de chute, le résident ne doit pas être seul à contrôler la laisse. Une accélération ou un changement de direction imprévu pourrait le déséquilibrer.
La médiation animale ne remplace pas les autres composantes de la prévention des chutes : évaluation clinique, adaptation de l’environnement, travail de l’équilibre, renforcement musculaire et coordination avec l’équipe soignante.
Le plaisir exprimé pendant la séance est intéressant, mais il ne prouve pas à lui seul l’existence d’un progrès fonctionnel.
Quelques indicateurs simples peuvent être suivis :
Prenons l’exemple de Mme L., 87 ans, qui limite sa marche depuis une chute. Elle utilise un déambulateur, s’arrête après quinze mètres et refuse régulièrement les exercices habituels. Elle apprécie particulièrement les chiens.
Vous lui proposez de se lever pour déposer plusieurs balles sur une tablette, puis de marcher jusqu’à un second repère pendant que le chien reste sous le contrôle de son conducteur.
Après plusieurs séances, une partie du programme est reproduite sans l’animal.
Si Mme L. progresse avec et sans le chien, un transfert fonctionnel semble apparaître. Si elle bouge davantage uniquement en sa présence, l’effet est surtout motivationnel. Si elle apprécie l’interaction sans augmenter son activité, le bénéfice reste principalement relationnel.
Ces résultats ont tous une valeur, à condition de ne pas les confondre.
La médiation animale ne convient pas à tous les résidents.
Une vigilance particulière est nécessaire en cas de :
Le consentement doit être recherché à chaque séance. Chez une personne peu communicante, l’évitement, la crispation ou l’agitation doivent être considérés comme des signes de refus.
Les principales mesures d’hygiène comprennent :
Le bien-être de l’animal doit également être surveillé. Il doit disposer d’eau, de temps de repos et d’un espace de retrait. Un animal fatigué, inquiet ou stressé ne doit jamais être contraint à poursuivre l’interaction.
Un animal peut devenir un véritable médiateur de rééducation lorsqu’il aide un résident à entrer dans une tâche qu’il refusait ou réalisait difficilement.
La médiation animale en EHPAD paraît particulièrement pertinente chez les personnes qui conservent des capacités motrices, mais manquent d’initiative, redoutent le mouvement ou adhèrent peu aux exercices conventionnels.
L’animal ne soigne pas à la place du kinésithérapeute. Il peut en revanche créer une raison de se lever, de tendre le bras ou de faire quelques pas supplémentaires.
La question déterminante reste très concrète :
Grâce à l’animal, le résident bouge-t-il davantage ou mieux, sans augmentation injustifiée du risque ?
C’est cette exigence clinique qui transforme une rencontre agréable en véritable outil de kinésithérapie gériatrique.