Maladies inflammatoires en rhumatologie
17 janvier 2023 - Pathologies
La marche instable, les mouvements saccadés et les difficultés à anticiper un obstacle sont fréquents dans le syndrome d’Angelman. Pour le masseur-kinésithérapeute, l’enjeu n’est pourtant pas de corriger systématiquement une marche atypique, mais d’identifier ce qui déstabilise la personne et ce qui limite réellement sa participation. La prise en charge doit rester fonctionnelle : sécuriser un transfert, faciliter un demi-tour, réduire les chutes, préserver les amplitudes ou permettre une sortie familiale. Dans une pathologie rare où les preuves spécifiques restent limitées, la qualité du raisonnement clinique compte davantage que l’application d’un protocole standard.
Le syndrome d’Angelman est une maladie neurodéveloppementale rare liée à une absence ou une insuffisance d’expression fonctionnelle du gène UBE3A d’origine maternelle dans certaines régions cérébrales. Il associe notamment une déficience intellectuelle, un langage oral très limité, des troubles de l’attention, une excitabilité particulière, une épilepsie fréquente et une motricité ataxique ou saccadée.
La marche est souvent décrite avec une base d’appui élargie, une variabilité importante des pas, une coordination difficile et des mouvements peu fluides. Certaines personnes marchent de manière autonome, d’autres ont besoin d’un accompagnement, d’un déambulateur ou d’un fauteuil pour les distances longues.
Une étude tridimensionnelle publiée en 2025 auprès de huit enfants atteints du syndrome d’Angelman a notamment observé :
L’effectif est trop faible pour établir un modèle applicable à tous. Ces résultats montrent néanmoins que l’instabilité ne relève pas uniquement d’un manque de force. Elle concerne l’organisation globale du mouvement.
Plusieurs facteurs peuvent ainsi se combiner :
La question utile n’est donc pas seulement : « La personne manque-t-elle d’équilibre ? » Elle consiste à déterminer dans quelles situations elle se déstabilise et pourquoi.
Les outils standardisés ne sont pertinents que si la consigne est comprise et si la performance peut être reproduite. Chez une personne ayant peu de langage, une attention variable ou une forte excitabilité, un score peut refléter autant la difficulté à entrer dans la tâche que les capacités motrices réelles.
Le bilan doit commencer par l’observation de situations concrètes :
Pendant ces tâches, observez la largeur des pas, la position du tronc et du bassin, le dégagement du pied, la flexion des genoux, la recherche d’appuis, les réactions de protection et la capacité à ralentir.
Une base d’appui large ne constitue pas nécessairement un défaut à corriger. Elle peut être une stratégie efficace pour augmenter la stabilité. La réduire sans améliorer le contrôle postural risque au contraire d’augmenter les chutes.
Le bilan peut s’organiser autour de cinq étapes :
Le kinésithérapeute doit également interroger les proches. Ils peuvent préciser si les chutes surviennent davantage le matin, en fin de journée, à l’extérieur, dans les escaliers ou en situation de fatigue.
Les questions les plus utiles sont très concrètes :

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En savoir plus sur le suivi patientL’amélioration ne se résume pas à une marche plus esthétique. Les indicateurs doivent être liés aux objectifs fonctionnels de la personne et de son entourage.
Vous pouvez suivre :
Le Timed Up and Go, la vitesse de marche ou le test de lever de chaise peuvent être utilisés lorsque la personne comprend la consigne. Les conditions de passation doivent alors rester identiques : même lieu, même appareillage, même formulation et même niveau d’aide.
Lorsque les résultats varient fortement d’un essai à l’autre, une vidéo standardisée peut être plus informative qu’un chronomètre. Quatre séquences suffisent souvent :
Le syndrome d’Angelman n’est pas une maladie neurodégénérative typique. Une perte rapide d’acquis ou une aggravation brutale de l’équilibre ne doit donc pas être banalisée.
Un avis médical est nécessaire devant :
Les absences, les myoclonies non épileptiques, les dystonies et certaines crises peuvent modifier la marche ou l’équilibre. Une étude de 2025 a notamment montré que plusieurs types de mouvements anormaux pouvaient coexister chez une même personne.
Avec l’accord de la famille, une courte vidéo de l’épisode peut aider le neurologue. Le kinésithérapeute ne pose pas le diagnostic, mais son observation en situation fonctionnelle peut faciliter l’orientation.
L’organisation de la séance influence directement la qualité motrice. Une personne peut sembler incapable de réaliser une tâche alors que la consigne est simplement trop longue, trop abstraite ou présentée dans un environnement trop stimulant.
Une structure stable peut comprendre :
Les exercices peuvent évoluer, mais le déroulement général reste reconnaissable.
Les consignes doivent être courtes et constantes :
Une démonstration, une cible au sol ou un objet à rejoindre sera souvent plus efficace qu’une correction biomécanique détaillée.
Il est également important de laisser un temps de réponse. Répéter immédiatement la consigne, la reformuler plusieurs fois ou parler plus fort peut augmenter la charge cognitive.
Les pictogrammes, gestes et moyens de communication alternative utilisés par la famille ou l’orthophoniste doivent être repris en séance. La cohérence entre les professionnels facilite les apprentissages.
Il n’existe pas, en 2026, de protocole de rééducation universel validé pour le syndrome d’Angelman. Les exercices doivent être choisis en fonction des difficultés observées et de leur retentissement.
Le transfert de poids est plus facile à comprendre lorsqu’il permet d’obtenir un résultat :
Commencez sur une base stable. Faites ensuite évoluer une seule difficulté : la distance, la hauteur de la cible, la direction ou la réduction de l’appui manuel.
Les supports très instables ne sont pas prioritaires. Si la personne s’agrippe, se raidit ou cesse de participer activement, l’exercice risque de renforcer une stratégie de fixation plutôt qu’une réponse posturale efficace.
Le travail peut porter sur :
Le déséquilibre doit rester prévisible. Il ne s’agit pas de provoquer une chute rattrapée au dernier moment, mais d’obtenir une réaction active et répétable.
Certaines personnes se déstabilisent surtout lorsqu’elles accélèrent ou lorsqu’elles doivent s’arrêter.
Deux repères au sol peuvent matérialiser le départ et l’arrivée. Lorsque la notion abstraite d’arrêt est difficile à comprendre, une action concrète peut servir de point final : « Mains sur la table. » L’arrêt devient alors une tâche identifiable plutôt qu’une consigne abstraite.
Le demi-tour associe ralentissement, transfert du poids, orientation du regard et réorganisation des appuis.
Commencez par un quart de tour vers une cible proche, puis progressez vers un demi-tour autour d’un objet large. Une stratégie en plusieurs pas peut être parfaitement fonctionnelle. L’objectif n’est pas d’obtenir un pivot rapide, mais un changement de direction sûr.
Le renforcement analytique peut être utile, mais il n’est pas toujours facilement compris ni transféré.
Il peut être intégré à :
La qualité prime sur le nombre de répétitions. Une augmentation des trébuchements, de l’agrippement ou de la flexion du tronc doit conduire à réduire la difficulté.
Une performance correcte entre deux barres parallèles ne garantit pas une marche sûre dans un couloir ou à l’extérieur.
La progression doit intégrer :
Une seule variable doit être modifiée à la fois. Ajouter simultanément du bruit, un sol irrégulier, une consigne nouvelle et un objet à porter empêche de comprendre ce qui déstabilise la personne.
La double tâche ne doit être introduite que lorsqu’elle correspond à une activité réelle. Avant de demander de marcher en portant un objet, vérifiez que la personne peut réaliser séparément la marche et le port de l’objet.
Les difficultés de marche peuvent être aggravées par un flexum de hanche, une limitation de cheville, des ischio-jambiers courts, un pied plat valgus, un équin ou une scoliose.
Le bilan doit surveiller :
Une hyperlordose peut, par exemple, compenser un manque d’extension de hanche. Corriger uniquement la posture du tronc sans examiner les membres inférieurs risque de traiter la conséquence plutôt que la cause.
Les mobilisations et les étirements doivent être réservés aux limitations objectivées. Ils gagnent à être suivis d’une activité utilisant l’amplitude obtenue : se redresser, allonger le pas ou se relever.
Une orthèse, un déambulateur ou un fauteuil ne représente pas un échec. Ces dispositifs peuvent réduire les chutes, faciliter les sorties et préserver l’énergie.
Avant de recommander un équipement, évaluez :
L’efficacité ne doit pas être jugée sur quelques pas en cabinet. Un appareillage peut améliorer brièvement l’alignement mais être refusé après une heure ou trop complexe à installer.
Le fauteuil peut être réservé aux longues distances tout en maintenant la marche sur les trajets courts. Il permet alors d’économiser de l’énergie pour l’activité importante située à l’arrivée.
Supprimer chaque situation de déséquilibre limite les occasions de développer des réactions posturales. À l’inverse, proposer une tâche trop difficile multiplie les échecs et peut provoquer une peur du mouvement.
La sécurité repose sur une difficulté mesurée :
Après une chute, il est utile de reconstituer la séquence :
Cette analyse apporte souvent plus d’informations que le simple nombre de chutes.
Un programme de dix exercices sera rarement suivi dans la durée. Deux objectifs intégrés au quotidien sont souvent plus efficaces.
Il peut s’agir de :
Pour chaque tâche, l’aidant doit connaître :
Une courte vidéo réalisée en séance est souvent plus utile qu’une fiche détaillée. Elle montre la position des mains et le niveau d’assistance attendu, sans demander au proche de reproduire une séance complète.
Chez l’enfant, la prise en charge soutient les déplacements au sol, les transferts, la verticalisation et l’acquisition éventuelle de la marche. La marche autonome ne doit cependant pas devenir le seul objectif. Utiliser efficacement un déambulateur ou participer à un transfert représente déjà un gain fonctionnel.
À l’adolescence, la croissance justifie une surveillance renforcée des rétractions, de la posture en flexion, de l’équin, de la scoliose et de l’appareillage.
Chez l’adulte, la stimulation motrice doit être poursuivie pour préserver les transferts, les amplitudes, l’endurance et les possibilités de participation. Pour une personne non marchante, la verticalisation, l’installation assise et la prévention des douleurs deviennent des objectifs majeurs.
« Améliorer l’équilibre » est trop vague pour guider une prise en charge. Préférez des objectifs comme :
Ces formulations facilitent la coordination avec les proches, le médecin, l’ergothérapeute, le psychomotricien, l’orthophoniste et l’orthoprothésiste.