Maladies inflammatoires en rhumatologie
17 janvier 2023 - Pathologies
Chez un enfant en situation d’obésité pédiatrique, la reprise du sport peut être freinée par des douleurs, un essoufflement rapide, un déconditionnement ou la peur du regard des autres. Lui conseiller simplement de « bouger davantage » ne suffit donc pas. Face à l’obésité pédiatrique et au sport, le masseur-kinésithérapeute évalue les limitations fonctionnelles, adapte l’effort et aide l’enfant à retrouver confiance dans ses capacités. Cet article propose aux kinésithérapeutes des repères pour construire une reprise progressive et préparer l’enfant à une activité physique durable. L’objectif ne se limite pas à la perte de poids : il s’agit de rendre le mouvement de nouveau accessible, agréable et valorisant.
L’obésité pédiatrique est une maladie chronique multifactorielle. Son apparition et son évolution peuvent être influencées par les habitudes alimentaires et le niveau d’activité physique, mais aussi par le sommeil, l’environnement familial, la santé psychologique, les prédispositions biologiques, certains traitements, les ressources économiques ou l’offre sportive disponible.
Selon une synthèse publiée par Santé publique France en 2024, reposant notamment sur les données de l’étude Esteban menée entre 2014 et 2016, seuls 33 % des filles et 51 % des garçons de 6 à 17 ans atteignent les recommandations d’activité physique. L’activité diminue notamment après l’entrée au collège et reste marquée par d’importantes inégalités sociales.
Ces données décrivent un contexte général. Elles ne permettent pas d’expliquer la situation particulière d’un enfant.
Avant de lui recommander un sport, il faut rechercher ce qui limite réellement sa pratique :
L’activité physique apporte pourtant des bénéfices qui dépassent largement la perte de poids. Elle peut améliorer la capacité cardiorespiratoire, la force musculaire, la mobilité, la qualité du sommeil, le bien-être psychologique et certains paramètres cardiométaboliques.
Ces améliorations peuvent apparaître même lorsque le poids évolue peu. La Haute Autorité de santé rappelle que la perte de poids n’est généralement pas l’objectif prioritaire chez l’enfant, sauf dans certaines situations particulières. Stabiliser le poids pendant la croissance peut déjà contribuer à infléchir progressivement la courbe de corpulence.
En kinésithérapie, les objectifs doivent donc être formulés en termes de fonction et de participation. Il peut s’agir de permettre à l’enfant de :
Il faut également distinguer l’activité physique, qui comprend tous les mouvements du quotidien, du sport, qui correspond à une pratique organisée avec des règles et un encadrement. La sédentarité désigne quant à elle le temps passé assis ou allongé en dehors du sommeil.
Un enfant peut faire deux heures de sport par semaine tout en restant très sédentaire le reste du temps. La prise en charge doit donc à la fois multiplier les occasions de bouger et réduire les longues périodes assises.
Le refus ou l’évitement d’une activité n’est pas nécessairement un manque de motivation. Il peut traduire un écart important entre ce qui est demandé à l’enfant et ce qu’il est actuellement capable de réaliser.
À vitesse de déplacement identique, une course ou une marche rapide peut représenter un effort relatif beaucoup plus important pour un enfant déconditionné que pour ses camarades.
S’il est immédiatement placé dans une activité continue, chronométrée et sans possibilité de pause, il risque d’associer le sport à l’épuisement, à la comparaison et à l’échec.
Les douleurs peuvent concerner les pieds, les chevilles, les genoux, les hanches ou le rachis. Leur présence ne justifie pas automatiquement l’arrêt de toute activité, mais elle impose de préciser :
Une douleur mécanique légère et stable pendant une activité adaptée ne conduit pas aux mêmes décisions qu’une douleur croissante, nocturne ou associée à une articulation gonflée.
Demander à un enfant douloureux de courir davantage sans avoir évalué la douleur risque de renforcer son appréhension et son évitement.
Se relever du sol, monter un escalier ou courir quelques mètres peut représenter un effort important lorsque la force relative est faible ou que la coordination est insuffisante.
L’enfant ne manque pas forcément de volonté. Il peut manquer des capacités fonctionnelles nécessaires pour effectuer la tâche dans les mêmes conditions que les autres.
Un enfant régulièrement choisi en dernier dans une équipe ou incapable de suivre le rythme peut finir par penser qu’il n’est « pas fait pour le sport ».
Un cercle défavorable s’installe alors : il évite l’activité, sa condition physique diminue, l’effort devient plus difficile et son sentiment d’échec augmente.
La rééducation doit rompre ce cercle en proposant des expériences accessibles, progressives et valorisantes.
Les courses chronométrées, le choix des équipes, les vestiaires, les tenues sportives ou la piscine peuvent exposer l’enfant aux comparaisons et aux moqueries.
Cette dimension doit être recherchée avec tact :
Un programme techniquement adapté peut échouer s’il ne tient pas compte du vécu de l’enfant.
Dans le contexte de l’obésité pédiatrique, un bilan diagnostic kinésithérapique peut être pertinent lorsque l’enfant présente :
Le kinésithérapeute n’a pas pour mission de diagnostiquer l’obésité, dont l’évaluation et le suivi appartiennent au médecin. Son bilan doit préciser le retentissement fonctionnel de la situation et les moyens de le réduire.
Il intervient principalement lorsque l’enfant ne peut pas encore accéder à une activité physique ordinaire dans de bonnes conditions.
L’objectif n’est pas de le maintenir durablement dans un cadre de soins, mais de restaurer les capacités nécessaires à une pratique plus autonome.
Le bilan doit permettre de prendre des décisions cliniques. Une accumulation de mesures sans lien avec les difficultés de l’enfant apporte peu d’informations utiles. Il peut être organisé autour de quatre axes.
Le kinésithérapeute commence par clarifier :
Pour chaque douleur, il recherche sa localisation, son intensité, les mouvements déclencheurs, son moment d’apparition et son retentissement fonctionnel.
Le poids ne doit pas devenir automatiquement le premier sujet de la séance. L’entretien commence par ce que l’enfant souhaite pouvoir faire ou retrouver.
L’évaluation doit correspondre à la difficulté rapportée.
Pour un enfant limité lors de la marche, un test de marche de six minutes peut apporter un repère fonctionnel. Le kinésithérapeute peut relever :
L’objectif principal n’est pas de comparer l’enfant à ses camarades, mais de disposer d’une mesure initiale reproductible.
Pour une difficulté dans les transferts, un test de lever de chaise ou l’observation du passage sol-debout sera plus pertinent. Pour une plainte centrée sur les escaliers, le bilan doit inclure cette tâche.
Le choix du test dépend donc de l’objectif fonctionnel. Il ne doit pas reposer sur une batterie identique pour tous les enfants.
L’examen peut comprendre :
Une particularité morphologique, comme un valgus ou un pied plat, ne constitue pas à elle seule un diagnostic causal. Elle devient pertinente lorsqu’elle est associée à une douleur, une instabilité ou une limitation fonctionnelle.
Le bilan ne doit pas s’arrêter à ce que l’enfant est capable de faire au cabinet. Il doit préciser ce qu’il réalise réellement dans son quotidien :
Une amélioration de la capacité physique sans reprise d’activité dans la vie réelle reste un résultat incomplet.
À la fin du bilan, le kinésithérapeute doit pouvoir formuler le principal problème fonctionnel. Par exemple : douleurs des genoux et faible tolérance à l’effort limitant les escaliers, l’EPS et la pratique du vélo en famille.
La synthèse du BDK peut ensuite préciser :

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En savoir plus sur le suivi patientIl n’existe pas un « meilleur sport » valable pour tous les enfants en situation d’obésité. L’activité doit être choisie à partir du frein principal identifié lors du bilan.
En cas de douleur à la mise en charge, il peut être pertinent de commencer par du vélo, du vélo semi-allongé, des exercices en piscine lorsque celle-ci est bien acceptée, du renforcement en position assise ou allongée et de la marche fractionnée.
L’objectif n’est pas d’éviter définitivement les activités en charge, mais de restaurer progressivement la capacité à les tolérer.
En cas de déconditionnement important, une activité continue peut être remplacée par des séquences fractionnées : période courte d’effort, récupération, puis nouvelle séquence. L’activité s’arrête avant l’épuisement.
Le test de la parole constitue un repère simple. Pendant un effort modéré, l’enfant est essoufflé, mais reste capable de prononcer une phrase.
En cas de faible sentiment de compétence, les premières séances peuvent privilégier des jeux de lancer, des tâches de coordination, du renforcement fonctionnel ou des exercices dans lesquels l’enfant peut rapidement observer ses progrès.
Les classements, les comparaisons avec les autres et les chronométrages présentés comme une compétition sont à éviter.
En cas de peur du groupe ou de stigmatisation, une reprise individuelle ou en petit groupe peut précéder l’intégration dans un club. Il faut également tenir compte des vestiaires, de la tenue imposée, du niveau de compétition et de l’attitude de l’encadrant.
La natation n’est pas automatiquement la meilleure solution. Elle réduit les contraintes mécaniques, mais la tenue de bain peut constituer un obstacle important.
Les premières séances visent à rendre l’effort tolérable et à créer une expérience positive.
Selon le bilan, une séance peut associer :
La progression peut ensuite concerner la durée totale, le nombre de répétitions, la résistance, la vitesse, la diminution des pauses ou la complexité du mouvement.
Il est préférable de modifier un seul paramètre principal à la fois. Si la durée, l’intensité et la fréquence augmentent simultanément, il devient difficile d’identifier ce que l’enfant tolère.
La réponse doit être évaluée pendant la séance, après l’effort et le lendemain. Une douleur qui persiste ou augmente peut conduire à réduire le volume, modifier l’exercice ou prolonger la récupération.
Une dispense totale et prolongée peut accentuer le déconditionnement et l’isolement. Lorsque l’état de santé le permet, une adaptation partielle est préférable.
Le médecin peut préciser les possibilités de l’enfant plutôt que mentionner uniquement une inaptitude générale :
Le kinésithérapeute ne rédige pas le certificat d’inaptitude, mais son bilan peut aider le médecin à définir des adaptations fonctionnelles précises.
Les recommandations internationales fixent pour les enfants et adolescents de 5 à 17 ans une moyenne d’au moins 60 minutes d’activité physique modérée à soutenue par jour sur l’ensemble de la semaine. Cette recommandation constitue une cible de santé publique, pas le point de départ obligatoire d’un enfant très déconditionné.
Le programme doit progressivement transférer les acquis dans la vie réelle :
Le relais doit être envisagé dès le début de la prise en charge, et non lors de la dernière séance.
Le suivi ne doit pas reposer principalement sur la balance.
Trois ou quatre indicateurs directement reliés aux objectifs sont généralement suffisants :
Lucas, 11 ans, est adressé en kinésithérapie pour des douleurs aux deux genoux et un essoufflement pendant les cours d’EPS. Son obésité est diagnostiquée et suivie par son médecin.
Il ne participe plus aux courses depuis plusieurs mois. Il apprécie le vélo, mais refuse d’en faire avec sa famille par peur de ne pas suivre.
Le bilan initial met en évidence :
Le problème principal n’est pas formulé comme « obésité », mais comme : douleurs des genoux et faible tolérance à l’effort limitant les escaliers, l’EPS et la reprise du vélo en famille.
Trois objectifs sont définis à six semaines :
Les premières séances associent du vélo fractionné à intensité modérée, du renforcement des membres inférieurs dans des amplitudes non douloureuses, des exercices de passage sol-debout, un travail d’équilibre et une progression de la marche.
La course n’est pas introduite immédiatement, car elle n’est ni indispensable aux premiers objectifs ni bien tolérée.
Après six semaines, Lucas parcourt 475 mètres au test de marche de six minutes, avec une dyspnée évaluée à 4 sur 10. Il se relève du sol sans appui, monte un étage avec une douleur de 2 sur 10 et réalise une sortie à vélo de 25 minutes avec sa famille.
Son poids n’est pas utilisé comme principal critère de réussite. La progression est objectivée par ses capacités et sa participation.
Le relais est préparé avec une reprise adaptée de l’EPS et une sortie à vélo hebdomadaire.
Dans un parcours associant obésité pédiatrique et sport, le passage d’un professionnel à l’autre dépend du besoin principal de l’enfant.
Depuis 2023, le masseur-kinésithérapeute peut, avec l’accord du patient et sous certaines conditions, renouveler une fois ou adapter une prescription médicale initiale d’activité physique adaptée, sauf indication contraire du médecin. Le prescripteur doit en être informé.
Le dispositif « Mission : retrouve ton cap » peut également compléter le parcours. Il concerne les enfants de 3 à 12 ans à risque d’obésité, en surpoids ou présentant une obésité non complexe.
Sur prescription médicale, il donne accès à un accompagnement pluridisciplinaire pouvant associer des bilans et des séances de suivi diététique, psychologique et en activité physique. Le parcours est pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie dans les structures référencées.
Ce dispositif ne remplace pas une rééducation lorsqu’il existe une douleur, une limitation fonctionnelle ou une désadaptation à l’effort. Il peut la compléter.
La famille joue également un rôle essentiel. Elle peut soutenir la reprise en proposant des activités communes, en valorisant les efforts plutôt que les performances et en évitant les commentaires sur le poids ou l’apparence.
Le programme doit néanmoins s’adapter aux possibilités réelles du foyer. Une famille ne peut pas toujours financer un abonnement, conduire l’enfant plusieurs fois par semaine ou accéder facilement à une structure spécialisée.
Une recommandation irréalisable n’est pas une bonne recommandation.
L’obésité pédiatrique ne doit jamais être utilisée pour expliquer automatiquement tous les symptômes. Le sport et plus précisement l’effort doit être interrompu et un avis médical rapidement recherché en cas de :
Une réévaluation médicale est également nécessaire en cas de boiterie persistante, de douleur nocturne ou croissante, d’asthme mal contrôlé, de fatigue majeure inexpliquée, de ronflements associés à une somnolence diurne ou de récupération anormalement longue.
La surcharge pondérale ne constitue pas, à elle seule, une contre-indication au sport. Ce sont les symptômes, les éventuelles complications, les capacités et les risques individuels qui déterminent les adaptations nécessaires.
Le vélo ne répond pas à une peur des vestiaires. La natation ne traite pas nécessairement une difficulté à monter les escaliers. La marche seule ne suffit pas toujours à corriger une faiblesse fonctionnelle.

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L’épuisement n’est pas un indicateur de séance réussie. Une première expérience trop difficile peut renforcer durablement l’évitement.
La course est une possibilité parmi d’autres. Elle peut être introduite lorsque les douleurs, les capacités et le projet de l’enfant le permettent.
Le poids fait partie du suivi médical global, mais il ne renseigne pas directement sur la douleur, l’endurance, l’équilibre ou la participation.
Le cabinet est une étape vers une activité plus autonome. L’absence de relais expose l’enfant à interrompre toute pratique à la fin de la rééducation.
Et si la première étape face à l’obésité pédiatrique n’était pas de demander à l’enfant de faire plus de sport, mais de comprendre ce qui l’empêche aujourd’hui de prendre plaisir à bouger ?
Sources