Obésité pédiatrique et sport : comment le kinésithérapeute remet l’enfant en mouvement

Obésité pédiatrique et sport : comment le kinésithérapeute remet l’enfant en mouvement

Chez un enfant en situation d’obésité pédiatrique, la reprise du sport peut être freinée par des douleurs, un essoufflement rapide, un déconditionnement ou la peur du regard des autres. Lui conseiller simplement de « bouger davantage » ne suffit donc pas. Face à l’obésité pédiatrique et au sport, le masseur-kinésithérapeute évalue les limitations fonctionnelles, adapte l’effort et aide l’enfant à retrouver confiance dans ses capacités. Cet article propose aux kinésithérapeutes des repères pour construire une reprise progressive et préparer l’enfant à une activité physique durable. L’objectif ne se limite pas à la perte de poids : il s’agit de rendre le mouvement de nouveau accessible, agréable et valorisant.

En résumé

  • Face à l’obésité pédiatrique et au sport, le rôle du kinésithérapeute n’est pas de proposer un programme générique destiné à augmenter la dépense énergétique.
  • Il consiste à identifier précisément ce qui empêche aujourd’hui l’enfant de marcher, jouer, courir, pédaler ou participer avec les autres.
  • Le bilan repère la douleur, la désadaptation à l’effort, la limitation motrice ou la restriction de participation. La rééducation traite ensuite ces obstacles à partir d’objectifs mesurables et prépare un relais compatible avec le quotidien de l’enfant.
  • Le succès ne se résume pas à une variation de poids. Il se constate lorsque l’enfant peut de nouveau bouger avec moins de contraintes et qu’il dispose d’une activité qu’il souhaite réellement poursuivre.

Obésité pédiatrique et sport : « bouger davantage » ne suffit pas

L’obésité pédiatrique est une maladie chronique multifactorielle. Son apparition et son évolution peuvent être influencées par les habitudes alimentaires et le niveau d’activité physique, mais aussi par le sommeil, l’environnement familial, la santé psychologique, les prédispositions biologiques, certains traitements, les ressources économiques ou l’offre sportive disponible.

Selon une synthèse publiée par Santé publique France en 2024, reposant notamment sur les données de l’étude Esteban menée entre 2014 et 2016, seuls 33 % des filles et 51 % des garçons de 6 à 17 ans atteignent les recommandations d’activité physique. L’activité diminue notamment après l’entrée au collège et reste marquée par d’importantes inégalités sociales.

Ces données décrivent un contexte général. Elles ne permettent pas d’expliquer la situation particulière d’un enfant.

Identifier les freins réels à l’activité physique en cas d’obésité pédiatrique

Avant de lui recommander un sport, il faut rechercher ce qui limite réellement sa pratique :

  • une douleur pendant la marche, la course ou les sauts ;
  • un essoufflement disproportionné ;
  • une récupération lente après l’effort ;
  • un manque de force, d’équilibre ou de coordination ;
  • une expérience négative en cours d’EPS ;
  • des moqueries ou une gêne liée aux vestiaires ;
  • une activité trop éloignée ou trop coûteuse ;
  • des difficultés de transport ou d’organisation familiale ;
  • un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité.

Fixer des objectifs qui dépassent la perte de poids

L’activité physique apporte pourtant des bénéfices qui dépassent largement la perte de poids. Elle peut améliorer la capacité cardiorespiratoire, la force musculaire, la mobilité, la qualité du sommeil, le bien-être psychologique et certains paramètres cardiométaboliques.

Ces améliorations peuvent apparaître même lorsque le poids évolue peu. La Haute Autorité de santé rappelle que la perte de poids n’est généralement pas l’objectif prioritaire chez l’enfant, sauf dans certaines situations particulières. Stabiliser le poids pendant la croissance peut déjà contribuer à infléchir progressivement la courbe de corpulence.

En kinésithérapie, les objectifs doivent donc être formulés en termes de fonction et de participation. Il peut s’agir de permettre à l’enfant de :

  • marcher jusqu’à l’école sans s’arrêter ;
  • monter un étage avec moins de douleur ;
  • se relever du sol sans appui ;
  • participer à l’échauffement en EPS ;
  • faire 20 à 30 minutes de vélo avec sa famille ;
  • récupérer plus rapidement après un effort ;
  • reprendre une activité qu’il avait abandonnée.

Il faut également distinguer l’activité physique, qui comprend tous les mouvements du quotidien, du sport, qui correspond à une pratique organisée avec des règles et un encadrement. La sédentarité désigne quant à elle le temps passé assis ou allongé en dehors du sommeil.

Un enfant peut faire deux heures de sport par semaine tout en restant très sédentaire le reste du temps. La prise en charge doit donc à la fois multiplier les occasions de bouger et réduire les longues périodes assises.

Les raisons pour lesquelles certains enfants en obésité pédiatrique évitent le sport

Le refus ou l’évitement d’une activité n’est pas nécessairement un manque de motivation. Il peut traduire un écart important entre ce qui est demandé à l’enfant et ce qu’il est actuellement capable de réaliser.

Un effort trop intense dès le départ

À vitesse de déplacement identique, une course ou une marche rapide peut représenter un effort relatif beaucoup plus important pour un enfant déconditionné que pour ses camarades.

S’il est immédiatement placé dans une activité continue, chronométrée et sans possibilité de pause, il risque d’associer le sport à l’épuisement, à la comparaison et à l’échec.

Une douleur pendant ou après l’activité

Les douleurs peuvent concerner les pieds, les chevilles, les genoux, les hanches ou le rachis. Leur présence ne justifie pas automatiquement l’arrêt de toute activité, mais elle impose de préciser :

  • le mouvement qui déclenche la douleur ;
  • son délai d’apparition ;
  • son intensité ;
  • sa durée après l’effort ;
  • son retentissement le lendemain ;
  • la présence éventuelle d’une boiterie, d’un gonflement ou d’une limitation articulaire.

Une douleur mécanique légère et stable pendant une activité adaptée ne conduit pas aux mêmes décisions qu’une douleur croissante, nocturne ou associée à une articulation gonflée.

Demander à un enfant douloureux de courir davantage sans avoir évalué la douleur risque de renforcer son appréhension et son évitement.

Des gestes quotidiens déjà coûteux

Se relever du sol, monter un escalier ou courir quelques mètres peut représenter un effort important lorsque la force relative est faible ou que la coordination est insuffisante.

L’enfant ne manque pas forcément de volonté. Il peut manquer des capacités fonctionnelles nécessaires pour effectuer la tâche dans les mêmes conditions que les autres.

Une faible confiance dans ses capacités

Un enfant régulièrement choisi en dernier dans une équipe ou incapable de suivre le rythme peut finir par penser qu’il n’est « pas fait pour le sport ».

Un cercle défavorable s’installe alors : il évite l’activité, sa condition physique diminue, l’effort devient plus difficile et son sentiment d’échec augmente.

La rééducation doit rompre ce cercle en proposant des expériences accessibles, progressives et valorisantes.

Une expérience sociale négative

Les courses chronométrées, le choix des équipes, les vestiaires, les tenues sportives ou la piscine peuvent exposer l’enfant aux comparaisons et aux moqueries.

Cette dimension doit être recherchée avec tact :

  • Comment se passent les cours d’EPS ?
  • Y a-t-il des activités que tu évites ?
  • À quel moment te sens-tu en difficulté ?
  • As-tu déjà subi des remarques sur ton corps ou ta manière de bouger ?
  • Préfères-tu pratiquer seul, avec un proche ou en groupe ?

Un programme techniquement adapté peut échouer s’il ne tient pas compte du vécu de l’enfant.

Les situations qui justifient l’intervention du kinésithérapeute

Dans le contexte de l’obésité pédiatrique, un bilan diagnostic kinésithérapique peut être pertinent lorsque l’enfant présente :

  • des douleurs articulaires ou musculosquelettiques ;
  • une gêne à la marche ou dans les escaliers ;
  • une boiterie ;
  • une désadaptation à l’effort ;
  • une dyspnée à l’effort ;
  • des difficultés d’équilibre ou de coordination ;
  • une faiblesse limitant les transferts ou les activités quotidiennes ;
  • une limitation de la participation scolaire ou sportive ;
  • une peur du mouvement liée à la douleur ou à des échecs antérieurs ;
  • un besoin de rééducation avant la reprise d’une activité

Le kinésithérapeute n’a pas pour mission de diagnostiquer l’obésité, dont l’évaluation et le suivi appartiennent au médecin. Son bilan doit préciser le retentissement fonctionnel de la situation et les moyens de le réduire.

Il intervient principalement lorsque l’enfant ne peut pas encore accéder à une activité physique ordinaire dans de bonnes conditions.

L’objectif n’est pas de le maintenir durablement dans un cadre de soins, mais de restaurer les capacités nécessaires à une pratique plus autonome.

Les objectifs du bilan kinésithérapique

Le bilan doit permettre de prendre des décisions cliniques. Une accumulation de mesures sans lien avec les difficultés de l’enfant apporte peu d’informations utiles. Il peut être organisé autour de quatre axes.

Douleurs, symptômes et précautions médicales

Le kinésithérapeute commence par clarifier :

  • le motif précis de l’adressage ;
  • les activités que l’enfant ne parvient plus à réaliser ;
  • les pathologies ou complications associées connues ;
  • les traitements pouvant influencer l’effort ;
  • les précautions transmises par le prescripteur ;
  • les antécédents de malaise, de douleur thoracique ou de dyspnée inhabituelle ;
  • l’existence d’un asthme, de ronflements importants ou d’une somnolence diurne.

Pour chaque douleur, il recherche sa localisation, son intensité, les mouvements déclencheurs, son moment d’apparition et son retentissement fonctionnel.

Le poids ne doit pas devenir automatiquement le premier sujet de la séance. L’entretien commence par ce que l’enfant souhaite pouvoir faire ou retrouver.

Tolérance à l’effort

L’évaluation doit correspondre à la difficulté rapportée.

Pour un enfant limité lors de la marche, un test de marche de six minutes peut apporter un repère fonctionnel. Le kinésithérapeute peut relever :

  • la distance parcourue ;
  • le nombre et la durée des pauses ;
  • le niveau de dyspnée ;
  • la douleur ;
  • la fréquence cardiaque avant et après l’effort lorsque sa mesure est pertinente ;
  • le temps de récupération ;
  • le motif d’un éventuel arrêt.

L’objectif principal n’est pas de comparer l’enfant à ses camarades, mais de disposer d’une mesure initiale reproductible.

Pour une difficulté dans les transferts, un test de lever de chaise ou l’observation du passage sol-debout sera plus pertinent. Pour une plainte centrée sur les escaliers, le bilan doit inclure cette tâche.

Le choix du test dépend donc de l’objectif fonctionnel. Il ne doit pas reposer sur une batterie identique pour tous les enfants.

Capacités motrices et fonctionnelles

L’examen peut comprendre :

  • l’observation de la marche ;
  • la capacité à modifier la vitesse ;
  • la montée et la descente d’une marche ;
  • l’appui unipodal ;
  • la mobilité des articulations symptomatiques ;
  • la force nécessaire aux transferts et aux déplacements ;
  • l’équilibre et le contrôle postural ;
  • la réalisation d’un squat partiel ;
  • le relevé du sol ;
  • la qualité du chaussage lorsque les pieds sont douloureux.

Une particularité morphologique, comme un valgus ou un pied plat, ne constitue pas à elle seule un diagnostic causal. Elle devient pertinente lorsqu’elle est associée à une douleur, une instabilité ou une limitation fonctionnelle.

Participation, vécu et environnement

Le bilan ne doit pas s’arrêter à ce que l’enfant est capable de faire au cabinet. Il doit préciser ce qu’il réalise réellement dans son quotidien :

  • se rend-il à pied à l’école ?
  • participe-t-il aux cours d’EPS ?
  • doit-il s’arrêter dans les escaliers ?
  • joue-t-il avec les autres ?
  • a-t-il abandonné certaines activités ?
  • passe-t-il une grande partie de ses loisirs assis ?
  • dispose-t-il d’une activité accessible à proximité ?
  • sa famille peut-elle l’accompagner ?

Une amélioration de la capacité physique sans reprise d’activité dans la vie réelle reste un résultat incomplet.

À la fin du bilan, le kinésithérapeute doit pouvoir formuler le principal problème fonctionnel. Par exemple : douleurs des genoux et faible tolérance à l’effort limitant les escaliers, l’EPS et la pratique du vélo en famille.

La synthèse du BDK peut ensuite préciser :

  • la principale limitation ;
  • les activités concernées ;
  • une ou deux mesures initiales ;
  • les précautions éventuelles ;
  • les objectifs négociés avec l’enfant ;
  • les modalités de réévaluation ;
  • le relais envisagé après la rééducation.

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Les principes d’une reprise du sport adaptée

Il n’existe pas un « meilleur sport » valable pour tous les enfants en situation d’obésité. L’activité doit être choisie à partir du frein principal identifié lors du bilan.

Le choix de l’activité selon la limitation

En cas de douleur à la mise en charge, il peut être pertinent de commencer par du vélo, du vélo semi-allongé, des exercices en piscine lorsque celle-ci est bien acceptée, du renforcement en position assise ou allongée et de la marche fractionnée.

L’objectif n’est pas d’éviter définitivement les activités en charge, mais de restaurer progressivement la capacité à les tolérer.

En cas de déconditionnement important, une activité continue peut être remplacée par des séquences fractionnées : période courte d’effort, récupération, puis nouvelle séquence. L’activité s’arrête avant l’épuisement.

Le test de la parole constitue un repère simple. Pendant un effort modéré, l’enfant est essoufflé, mais reste capable de prononcer une phrase.

En cas de faible sentiment de compétence, les premières séances peuvent privilégier des jeux de lancer, des tâches de coordination, du renforcement fonctionnel ou des exercices dans lesquels l’enfant peut rapidement observer ses progrès.

Les classements, les comparaisons avec les autres et les chronométrages présentés comme une compétition sont à éviter.

En cas de peur du groupe ou de stigmatisation, une reprise individuelle ou en petit groupe peut précéder l’intégration dans un club. Il faut également tenir compte des vestiaires, de la tenue imposée, du niveau de compétition et de l’attitude de l’encadrant.

La natation n’est pas automatiquement la meilleure solution. Elle réduit les contraintes mécaniques, mais la tenue de bain peut constituer un obstacle important.

Une progression centrée sur une variable à la fois

Les premières séances visent à rendre l’effort tolérable et à créer une expérience positive.

Selon le bilan, une séance peut associer :

  • un échauffement progressif ;
  • des séquences courtes d’endurance ;
  • des exercices de force fonctionnelle ;
  • un travail d’équilibre ou de coordination ;
  • une activité choisie par l’enfant ;
  • une évaluation de la douleur, de l’essoufflement et du plaisir ressenti.

La progression peut ensuite concerner la durée totale, le nombre de répétitions, la résistance, la vitesse, la diminution des pauses ou la complexité du mouvement.

Il est préférable de modifier un seul paramètre principal à la fois. Si la durée, l’intensité et la fréquence augmentent simultanément, il devient difficile d’identifier ce que l’enfant tolère.

La réponse doit être évaluée pendant la séance, après l’effort et le lendemain. Une douleur qui persiste ou augmente peut conduire à réduire le volume, modifier l’exercice ou prolonger la récupération.

L’adaptation des cours d’EPS

Une dispense totale et prolongée peut accentuer le déconditionnement et l’isolement. Lorsque l’état de santé le permet, une adaptation partielle est préférable.

Le médecin peut préciser les possibilités de l’enfant plutôt que mentionner uniquement une inaptitude générale :

  • marche autorisée, mais course limitée ;
  • pauses possibles ;
  • intensité modérée ;
  • durée d’effort réduite ;
  • absence de sauts répétés ;
  • remplacement d’une course continue par des séquences fractionnées ;
  • participation aux exercices techniques sans épreuve chronométrée.

Le kinésithérapeute ne rédige pas le certificat d’inaptitude, mais son bilan peut aider le médecin à définir des adaptations fonctionnelles précises.

Le transfert des acquis hors du cabinet

Les recommandations internationales fixent pour les enfants et adolescents de 5 à 17 ans une moyenne d’au moins 60 minutes d’activité physique modérée à soutenue par jour sur l’ensemble de la semaine. Cette recommandation constitue une cible de santé publique, pas le point de départ obligatoire d’un enfant très déconditionné.

Le programme doit progressivement transférer les acquis dans la vie réelle :

  • quelques minutes de marche sur un trajet habituel ;
  • une sortie à vélo avec un proche ;
  • des pauses actives entre deux périodes assises ;
  • une reprise partielle de l’EPS ;
  • un programme d’activité physique adaptée ;
  • une activité associative non compétitive ;
  • un club proposant un accueil sport-santé.

Le relais doit être envisagé dès le début de la prise en charge, et non lors de la dernière séance.

Le suivi à partir d’indicateurs utiles

Le suivi ne doit pas reposer principalement sur la balance.

Trois ou quatre indicateurs directement reliés aux objectifs sont généralement suffisants :

  • distance parcourue lors du même test ;
  • nombre de pauses ;
  • niveau de douleur ;
  • niveau d’essoufflement ;
  • temps de récupération ;
  • capacité à se relever du sol ;
  • nombre d’étages montés ;
  • durée de vélo tolérée ;
  • participation effective à l’EPS ;
  • reprise d’une activité sociale ;
  • plaisir et confiance perçus.

Cas clinique : de la limitation fonctionnelle à la reprise du vélo

Lucas, 11 ans, est adressé en kinésithérapie pour des douleurs aux deux genoux et un essoufflement pendant les cours d’EPS. Son obésité est diagnostiquée et suivie par son médecin.

Il ne participe plus aux courses depuis plusieurs mois. Il apprécie le vélo, mais refuse d’en faire avec sa famille par peur de ne pas suivre.

Le bilan initial met en évidence :

  • une douleur antérieure des genoux évaluée à 5 sur 10 après les escaliers ;
  • une gêne apparaissant après quelques minutes de course ;
  • l’absence de gonflement et de douleur nocturne ;
  • un relevé du sol réalisé avec l’appui des deux mains ;
  • une distance de 420 mètres au test de marche de six minutes ;
  • une dyspnée évaluée à 6 sur 10 en fin de test ;
  • un retour à une respiration confortable en quatre minutes ;
  • une appréhension importante à l’idée de courir devant ses camarades ;
  • une bonne tolérance du vélo en position assise.

Le problème principal n’est pas formulé comme « obésité », mais comme : douleurs des genoux et faible tolérance à l’effort limitant les escaliers, l’EPS et la reprise du vélo en famille.

Les objectifs à atteindre en cas d’obésité pédiatrique pour la reprise du sport

Trois objectifs sont définis à six semaines :

  1. monter un étage avec une douleur inférieure ou égale à 2 sur 10 ;
  2. se relever du sol sans appui des mains ;
  3. réaliser une sortie de 25 minutes à vélo avec une pause.

Les premières séances associent du vélo fractionné à intensité modérée, du renforcement des membres inférieurs dans des amplitudes non douloureuses, des exercices de passage sol-debout, un travail d’équilibre et une progression de la marche.

La course n’est pas introduite immédiatement, car elle n’est ni indispensable aux premiers objectifs ni bien tolérée.

Après six semaines, Lucas parcourt 475 mètres au test de marche de six minutes, avec une dyspnée évaluée à 4 sur 10. Il se relève du sol sans appui, monte un étage avec une douleur de 2 sur 10 et réalise une sortie à vélo de 25 minutes avec sa famille.

Son poids n’est pas utilisé comme principal critère de réussite. La progression est objectivée par ses capacités et sa participation.

Le relais est préparé avec une reprise adaptée de l’EPS et une sortie à vélo hebdomadaire.

L’organisation du relais après la rééducation

Dans un parcours associant obésité pédiatrique et sport, le passage d’un professionnel à l’autre dépend du besoin principal de l’enfant.

  • Le kinésithérapeute traite les douleurs, les déficiences et les limitations qui empêchent l’enfant de bouger dans des conditions ordinaires.
  • L’enseignant en activité physique adaptée construit et encadre un programme tenant compte de la pathologie, des capacités, des motivations et des obstacles rencontrés.
  • L’éducateur sportif formé au sport-santé accompagne une pratique dans un environnement moins médicalisé lorsque l’état et les capacités de l’enfant le permettent.

Depuis 2023, le masseur-kinésithérapeute peut, avec l’accord du patient et sous certaines conditions, renouveler une fois ou adapter une prescription médicale initiale d’activité physique adaptée, sauf indication contraire du médecin. Le prescripteur doit en être informé.

Le dispositif « Mission : retrouve ton cap » peut également compléter le parcours. Il concerne les enfants de 3 à 12 ans à risque d’obésité, en surpoids ou présentant une obésité non complexe.

Sur prescription médicale, il donne accès à un accompagnement pluridisciplinaire pouvant associer des bilans et des séances de suivi diététique, psychologique et en activité physique. Le parcours est pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie dans les structures référencées.

Ce dispositif ne remplace pas une rééducation lorsqu’il existe une douleur, une limitation fonctionnelle ou une désadaptation à l’effort. Il peut la compléter.

La famille joue également un rôle essentiel. Elle peut soutenir la reprise en proposant des activités communes, en valorisant les efforts plutôt que les performances et en évitant les commentaires sur le poids ou l’apparence.

Le programme doit néanmoins s’adapter aux possibilités réelles du foyer. Une famille ne peut pas toujours financer un abonnement, conduire l’enfant plusieurs fois par semaine ou accéder facilement à une structure spécialisée.

Une recommandation irréalisable n’est pas une bonne recommandation.

La sécurisation de la prise en charge : signes d’alerte et erreurs à éviter

L’obésité pédiatrique ne doit jamais être utilisée pour expliquer automatiquement tous les symptômes. Le sport et plus précisement l’effort doit être interrompu et un avis médical rapidement recherché en cas de :

  • douleur thoracique ;
  • malaise ou perte de connaissance ;
  • palpitations inhabituelles ;
  • essoufflement brutal ou disproportionné ;
  • symptôme neurologique ;
  • douleur articulaire aiguë ;
  • articulation rouge, chaude ou gonflée ;
  • altération rapide de l’état général.

Une réévaluation médicale est également nécessaire en cas de boiterie persistante, de douleur nocturne ou croissante, d’asthme mal contrôlé, de fatigue majeure inexpliquée, de ronflements associés à une somnolence diurne ou de récupération anormalement longue.

La surcharge pondérale ne constitue pas, à elle seule, une contre-indication au sport. Ce sont les symptômes, les éventuelles complications, les capacités et les risques individuels qui déterminent les adaptations nécessaires.

Une activité proposée sans identification du frein principal

Le vélo ne répond pas à une peur des vestiaires. La natation ne traite pas nécessairement une difficulté à monter les escaliers. La marche seule ne suffit pas toujours à corriger une faiblesse fonctionnelle.

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Une intensité trop élevée dès les premières séances

L’épuisement n’est pas un indicateur de séance réussie. Une première expérience trop difficile peut renforcer durablement l’évitement.

La course utilisée comme passage obligé

La course est une possibilité parmi d’autres. Elle peut être introduite lorsque les douleurs, les capacités et le projet de l’enfant le permettent.

Un suivi centré sur le poids

Le poids fait partie du suivi médical global, mais il ne renseigne pas directement sur la douleur, l’endurance, l’équilibre ou la participation.

Une prise en charge prolongée sans relais

Le cabinet est une étape vers une activité plus autonome. L’absence de relais expose l’enfant à interrompre toute pratique à la fin de la rééducation.

Et si la première étape face à l’obésité pédiatrique n’était pas de demander à l’enfant de faire plus de sport, mais de comprendre ce qui l’empêche aujourd’hui de prendre plaisir à bouger ?

Sources

  • Santé publique France. Activité physique et sédentarité dans la population en France. Synthèse des données disponibles en 2024.
  • Haute Autorité de santé. Guide du parcours de soins : surpoids et obésité chez l’enfant et l’adolescent(e). Février 2022, mise à jour février 2023.
  • World Health Organization. WHO Guidelines on Physical Activity and Sedentary Behaviour. 2020.
  • Code de la santé publique. Chapitre II : Prescription d’activité physique, articles D. 1172-1 à D. 1172-5.
  • Assurance Maladie. « Mission : retrouve ton cap » : un programme pour prévenir le surpoids et l’obésité de l’enfant.

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