Maladies inflammatoires en rhumatologie
17 janvier 2023 - Pathologies
L’ostéoporose évolue souvent silencieusement jusqu’à la première fracture. En France, près de 4 millions de personnes étaient estimées atteintes en 2019, avec 484 000 fractures de fragilité estimées la même année. Pour le kiné, l’enjeu est double : repérer les patients à risque et agir sur l’activité physique et la prévention des chutes. Zoom !
L’ostéoporose est une maladie diffuse du squelette caractérisée par une diminution de la densité osseuse et une altération de la microarchitecture de l’os. Celui-ci devient moins résistant et le risque de fracture augmente.
On parle notamment de fracture de fragilité lorsqu’elle survient après un traumatisme de faible énergie, équivalent au maximum à une chute de sa propre hauteur. Les fractures de l’extrémité supérieure du fémur, des vertèbres et du poignet font partie des principales localisations concernées.
Le vieillissement constitue le principal facteur favorisant. Chez la femme, la diminution des œstrogènes après la ménopause accélère également la perte osseuse. Mais l’ostéoporose touche aussi les hommes et peut être favorisée par certaines pathologies ou certains traitements.
Pour le masseur-kinésithérapeute, l’enjeu n’est pas de poser le diagnostic, mais de repérer les signaux susceptibles de révéler un risque osseux ou fracturaire.
Une consultation pour une chute, une fracture, une perte d’équilibre ou une diminution des capacités fonctionnelles peut être l’occasion d’identifier un risque jusque-là méconnu.
Une fracture survenue sans traumatisme majeur, un antécédent de fracture de fragilité, des chutes répétées, une perte de taille, une diminution importante de la force ou de l’équilibre doivent notamment attirer votre attention.
D’autres facteurs sont à prendre en compte : chez la femme ménopausée, un IMC inférieur à 19 kg/m², une ménopause survenue avant 40 ans ou un antécédent familial de fracture du col fémoral constituent notamment des facteurs retenus dans les indications de l’ostéodensitométrie. Une corticothérapie systémique prolongée ou certaines pathologies peuvent également augmenter le risque.
La perte de taille mérite elle aussi d’être questionnée. Certaines fractures vertébrales peuvent en effet passer relativement inaperçues et se manifester par une modification progressive de la stature.
Autre chiffre important : une personne ayant déjà présenté une fracture vertébrale ostéoporotique présente un risque de nouvelle fracture de 25 % dans l’année qui suit, selon l’Assurance Maladie.
Une fracture passée ne représente pas seulement un événement à rééduquer : elle signale aussi un risque important de fracture future.
Le bilan diagnostic kinésithérapique permet d’évaluer les déficiences et les incapacités fonctionnelles, de définir les objectifs de soins et d’assurer la coordination avec le médecin prescripteur. C’est donc un moment privilégié pour rechercher certains facteurs de risque.
Quelques questions simples peuvent compléter votre évaluation : le patient est-il tombé récemment ? Une fracture est-elle déjà survenue après une chute banale ? Une perte de taille a-t-elle été remarquée ? Enfin, la peur de tomber limite-t-elle ses déplacements ou ses sorties ?
L’évaluation fonctionnelle permet ensuite d’observer la qualité de la marche, l’équilibre, la force des membres inférieurs, les transferts, la coordination, l’endurance ou encore la capacité à se relever du sol.
Ces évaluations ne permettent pas de diagnostiquer une ostéoporose. Elles permettent en revanche d’identifier les facteurs fonctionnels susceptibles d’augmenter le risque de chute et d’adapter la prise en charge.
Une fracture survenue sans traumatisme majeur, la suspicion d’une fracture vertébrale ou l’association de plusieurs facteurs de risque doivent conduire à une orientation médicale.
L’ostéodensitométrie est la méthode de référence pour mesurer la densité minérale osseuse. Elle est réalisée sur prescription médicale chez les personnes présentant certaines indications ou certains facteurs de risque.
Le bon réflexe pour le kiné est donc clair : repérer, transmettre et orienter, sans conclure à une ostéoporose sur la seule base du bilan fonctionnel.
Une fragilité osseuse ne signifie pas qu’il faut supprimer l’activité physique. Au contraire, celle-ci fait partie intégrante de la prévention et de la prise en charge de l’ostéoporose.
Elle participe au maintien de la masse musculaire et de la densité osseuse tout en améliorant l’équilibre et la coordination. L’Assurance Maladie rappelle en janvier 2026 que l’activité physique peut diminuer jusqu’à 50 % le risque de fracture du col du fémur chez la femme.
L’objectif du kiné est cependant de proposer une activité progressive et adaptée au profil du patient, à ses capacités physiques et à ses éventuels antécédents fracturaires.
Enfin, en présence d’une atteinte vertébrale, le travail postural et le renforcement du tronc prennent une importance particulière.
Il n’existe donc pas un programme unique pour « l’ostéoporose ». La charge, l’intensité, les amplitudes et la progression doivent être individualisées selon les capacités et les antécédents du patient.
Renforcer les capacités physiques n’est qu’une partie de l’équation. Pour éviter une fracture, il faut également diminuer le risque de chute.
Chez les plus de 65 ans, une personne sur trois tombe au moins une fois par an, selon l’Assurance Maladie.
L’enjeu est particulièrement important en cas de fragilité osseuse. Les données françaises portant sur les hospitalisations de 2014, toujours reprises par l’Assurance Maladie dans sa mise à jour du 22 janvier 2026, montrent que les fractures de l’extrémité supérieure du fémur chez les personnes âgées de 65 ans et plus survenaient 9 fois sur 10 après une chute. Après cette fracture, 30 à 50 % des personnes présentaient une réduction de leur autonomie.
Ces chiffres donnent tout leur sens au travail du kiné.
La prise en charge peut agir sur la force des membres inférieurs, l’équilibre, les réactions posturales, la qualité de la marche, les transferts, la coordination et le relevé du sol. La confiance du patient dans ses déplacements constitue également un objectif à part entière.
Il est aussi utile de regarder au-delà du cabinet. Un éclairage insuffisant, des obstacles au sol, des chaussures inadaptées, certains médicaments ou un environnement peu sécurisant peuvent participer au risque de chute.
Prévenir une fracture implique donc une approche globale : améliorer les capacités physiques tout en réduisant les situations susceptibles de provoquer une chute.
Après une première chute ou une fracture, certains patients limitent progressivement leurs déplacements par peur de tomber à nouveau.
Cette diminution de l’activité peut entraîner une perte de force, une dégradation de l’équilibre et une baisse de l’autonomie. À terme, elle peut paradoxalement augmenter le risque de nouvelle chute.
Le patient peut alors entrer dans un cercle : peur de tomber → diminution de l’activité → perte des capacités physiques → augmentation du risque de chute.
Le rôle du kiné consiste donc également à permettre une reprise progressive et sécurisée du mouvement, afin de restaurer les capacités physiques mais aussi la confiance.
À partir du 1er octobre 2026, les masseurs-kinésithérapeutes pourront réaliser Mon bilan prévention auprès de leurs patients. Les quatre tranches d’âge concernées sont les 18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans et 70-75 ans.
Ce rendez-vous permet notamment d’aborder l’activité physique, la sédentarité, les habitudes de vie et différents facteurs de risque de maladies chroniques.
Il ne s’agit pas d’un dépistage spécifique de l’ostéoporose. Mais chez les patients plus âgés, il peut constituer une occasion supplémentaire de repérer une sédentarité importante, une diminution des capacités physiques ou des facteurs nécessitant une orientation.
L’ostéoporose peut rester silencieuse pendant plusieurs années. Mais une chute, une fracture de fragilité ou une diminution des capacités physiques constituent autant de signaux à ne pas négliger.
Pour le masseur-kinésithérapeute, la prise en charge ne s’arrête donc pas à la rééducation d’une fracture : elle participe aussi à prévenir la suivante.