Ventouses en kinésithérapie : bienfaits, efficacité, risques et réglementation
21 mai 2026 - Techniques et outils
Le sevrage du tabagisme ne commence pas toujours par une demande d’arrêt du tabac. Au cabinet, il se cache souvent derrière une douleur persistante, un souffle court, une récupération lente ou une reprise du sport difficile. Le patient vient pour avancer, mais le tabac peut freiner chaque étape de la rééducation. En France, le tabagisme reste la première cause de mortalité évitable, avec plus de 68 000 décès prématurés attribuables au tabac en 2023. Pour les masseurs-kinésithérapeutes libéraux, accompagner l’arrêt du tabac n’est donc pas une mission secondaire : c’est un levier thérapeutique. Zoom dans cet article !
En cabinet, la consommation de tabac ne se limite pas à une question de santé respiratoire : elle peut influencer directement plusieurs objectifs de rééducation :
Chez un patient atteint de BPCO, de bronchite chronique ou d’asthme associé à une consommation de tabac, le lien est évident : essoufflement, toux, déconditionnement, peur de l’effort. Mais le tabac intervient aussi dans des situations moins spontanément associées au sevrage tabagique : après une chirurgie, dans une rééducation orthopédique, lors d’une reprise sportive, chez un patient douloureux chronique ou dans un parcours cardio-respiratoire.
Les chiffres récents confirment que le sujet reste majeur, même si la consommation diminue. En 2024, Santé publique France observait une baisse importante du tabagisme : chez les 18-75 ans, 25 % déclaraient fumer, contre 32 % en 2021, et 18 % fumaient quotidiennement, contre 25 % trois ans plus tôt. L’agence estime aussi que la France compte 4 millions de fumeurs quotidiens de moins en dix ans.
Cette baisse est encourageante, mais elle ne doit pas faire oublier une réalité très concrète : les fumeurs qui restent sont souvent ceux qui ont besoin d’un accompagnement plus solide, plus régulier, plus personnalisé. Beaucoup ont déjà essayé d’arrêter. d’autres, ont repris. Beaucoup ont envie de réduire ou d’arrêter, mais ne savent pas comment s’y prendre sans se sentir seuls, jugés ou dépassés.
C’est précisément là que le kinésithérapeute peut avoir une vraie valeur ajoutée. Le cabinet est un lieu de suivi, de progression et de confiance. Le patient ne vient pas seulement chercher un conseil ; il revient, séance après séance, avec ses réussites, ses doutes, ses douleurs, ses rechutes éventuelles et ses progrès.
Le rôle du kiné dans le sevrage du tabagisme repose sur un atout très fort : la continuité. Contrairement à une consultation ponctuelle, la prise en charge kiné s’inscrit souvent dans la durée. Cette régularité permet d’aborder le tabac progressivement, sans transformer chaque séance en consultation de tabacologie.
Le kiné peut commencer par une question simple lors du bilan : “Est-ce que vous fumez actuellement ?” Puis il peut relier la réponse au motif de prise en charge : souffle, douleur, récupération, cicatrisation, endurance, activité physique. Cette approche rend le sujet plus concret et moins culpabilisant.
Le Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes a d’ailleurs rappelé en 2025 que les kinés prennent quotidiennement en charge les conséquences du tabagisme, notamment dans les pathologies respiratoires et cardio-vasculaires, mais aussi dans le déconditionnement physique, les retards de cicatrisation ou certaines fragilités musculo-tendineuses. L’article, réalisé avec l’aide de Damien Forzy, kinésithérapeute et tabacologue, insiste sur la place des kinés dans cette mission de santé publique.
Cette place ne signifie pas que le kiné doit tout gérer. Il n’a pas à devenir addictologue, psychologue ou médecin prescripteur de traitements complexes. Mais il peut être un professionnel relais : celui qui repère, qui ouvre la discussion, qui encourage, qui prescrit des substituts nicotiniques lorsque c’est adapté, qui suit l’évolution et qui oriente si nécessaire.
La nuance est importante. Le kiné n’est pas là pour imposer l’arrêt du tabac. Il est là pour aider le patient à comprendre en quoi le tabac peut freiner ses propres objectifs. La différence change toute la relation. On ne dit pas : “Vous devez arrêter.” On peut dire : “Si votre objectif est de retrouver du souffle et de mieux récupérer, le tabac est un facteur sur lequel on peut agir ensemble.”
C’est un point encore trop peu connu : les masseurs-kinésithérapeutes peuvent prescrire des substituts nicotiniques. L’Assurance Maladie rappelle que cette prescription est possible pour les patients dont le kiné assure la prise en charge, pendant la durée de la prescription médicale d’actes de kinésithérapie, sauf indication contraire du médecin.
Les substituts nicotiniques ont pour objectif de réduire les symptômes de manque, sans exposer le patient aux substances toxiques produites par la combustion du tabac. Ils peuvent prendre plusieurs formes :
Depuis 2019, la plupart des traitements de substitution nicotinique sont remboursés à 65 % par l’Assurance Maladie obligatoire sur prescription. Le forfait annuel d’aide au sevrage de 150 euros n’existe plus : les substituts nicotiniques sont désormais pris en charge dans le droit commun, avec une possible prise en charge complémentaire par la mutuelle.
Pour le patient, cette information est très concrète. Beaucoup pensent encore que l’arrêt du tabac repose uniquement sur la volonté, ou que les aides sont coûteuses. Le kiné peut rappeler qu’il existe des traitements accessibles, remboursés et prescrits par plusieurs professionnels de santé, dont les masseurs-kinésithérapeutes dans leur cadre d’exercice.
Pour le kiné, cette compétence demande de la prudence et de la méthode. Avant de prescrire, il faut évaluer la consommation, la dépendance physique, les habitudes comportementales, les tentatives précédentes, les freins, les traitements déjà utilisés et les situations nécessitant une orientation médicale. Une ordonnance utile n’est pas seulement une ordonnance rédigée : c’est une prescription expliquée, suivie et intégrée dans un accompagnement.
Le tabac est un sujet sensible. Beaucoup de patients fumeurs savent déjà qu’ils devraient arrêter. Certains ont honte, d’autres se sentent jugés, d’autres encore ont peur d’échouer une fois de plus. Une remarque trop directe peut fermer la discussion.
L’approche la plus efficace est souvent de partir du motif de consultation, avec des formulations simples, courtes et non culpabilisantes :
Ces formulations sont simples, mais elles changent tout. Elles demandent l’accord du patient, relient le tabac à son objectif personnel et évitent la culpabilisation. Le patient n’est pas réduit à son tabagisme. Il reste acteur de son parcours.
Le kiné peut aussi utiliser une question très pratique : “Sur une échelle de 0 à 10, à quel point vous vous sentez prêt à réduire ou arrêter de fumer ?” Si le patient répond 3, il ne faut pas conclure qu’il n’est pas motivé. La bonne relance est souvent : “Pourquoi 3 et pas 0 ?” Cette question permet au patient d’exprimer lui-même ses raisons d’avancer.
L’objectif n’est pas de convaincre à tout prix. L’objectif est d’ouvrir une porte. Certains patients seront prêts à agir rapidement. D’autres auront besoin de temps. D’autres encore commenceront par réduire, puis envisageront l’arrêt. Dans tous les cas, la posture du kiné doit rester claire : informer, soutenir, encourager, sans juger.
Tous les patients ne fument pas de la même manière. Certains ont une dépendance physique forte, avec une première cigarette très tôt après le réveil. D’autres fument surtout dans des situations précises : café, pause au travail, conduite, stress, solitude, fin de repas, douleur, anxiété. D’autres alternent cigarettes, cigarette électronique et périodes de réduction.
Avant de proposer une aide, le kiné peut poser quelques questions simples pour évaluer la dépendance et les habitudes du patient :
Cette évaluation permet de distinguer la dépendance physique de la dépendance comportementale, même si les deux sont souvent liées. Les substituts nicotiniques aident à réduire le manque. Mais le geste, les habitudes, les rituels et les émotions doivent aussi être pris en compte.
C’est là que la kinésithérapie apporte quelque chose de spécifique. Le kiné peut proposer des alternatives corporelles : marcher quelques minutes, faire un exercice de respiration, pratiquer une courte relaxation, mobiliser les épaules, changer de pièce, programmer une activité physique douce à un moment à risque. Ces outils ne remplacent pas les traitements nicotiniques lorsqu’ils sont nécessaires, mais ils aident le patient à traverser les envies.
Il faut aussi savoir orienter. En cas de forte dépendance, de polyaddictions, de troubles psychiatriques instables, de grossesse complexe, de pathologie cardio-vasculaire récente, de symptômes inquiétants ou d’échecs répétés malgré un traitement bien conduit, le relais médical ou spécialisé est indispensable. Orienter n’est pas abandonner le patient. C’est sécuriser son parcours.
La rééducation respiratoire est l’un des domaines où le rôle du kiné est le plus évident. Chez un patient atteint de BPCO ou d’une pathologie respiratoire chronique, l’arrêt du tabac est un levier majeur. Les exercices de respiration, le réentraînement à l’effort, l’éducation thérapeutique et la gestion de la dyspnée prennent davantage de sens lorsque la question du tabagisme est intégrée.
Le discours peut rester très concret : “Si l’objectif est de marcher plus longtemps avec moins d’essoufflement, le tabac est un frein important. On peut travailler dessus progressivement.” Cette formulation relie l’arrêt du tabac à un bénéfice vécu par le patient, plutôt qu’à une menace abstraite.
L’activité physique est également un soutien précieux dans le processus de sevrage. Elle peut aider à gérer le stress, limiter la peur de la prise de poids, améliorer le sommeil, restaurer la confiance corporelle et donner au patient une sensation de progression. Pour une personne qui arrête de fumer, sentir qu’elle respire mieux, marche plus facilement ou récupère plus vite peut devenir un puissant moteur de motivation.
Chez les patients douloureux chroniques, il faut rester nuancé. L’arrêt du tabac ne fait pas disparaître une douleur complexe. Mais il peut améliorer le terrain général : fatigue, sommeil, récupération, tolérance à l’effort, humeur, inflammation. Dans ce cadre, le sevrage du tabagisme devient un levier parmi d’autres, intégré à une prise en charge globale.
Le kiné peut aussi aider le patient à gérer les moments d’envie de fumer. Une envie intense dure souvent quelques minutes. Une respiration lente, une expiration prolongée, une marche courte, un changement d’activité ou une mobilisation douce peuvent aider à traverser ce pic. Ce sont de petits outils, mais répétés dans le temps, ils peuvent soutenir l’arrêt.
L’arrêt du tabac ne se joue pas seulement le jour de la décision. Il se joue dans les jours et les semaines qui suivent, lorsque le patient dort mal, s’irrite, compense, doute ou reprend une cigarette. C’est justement dans cette période que le suivi régulier en cabinet peut faire la différence.
À chaque séance, une question courte peut suffire : “Comment ça s’est passé depuis la dernière fois ?”, “À quels moments l’envie de fumer a été la plus forte ?”, “Le traitement vous aide-t-il vraiment ?”, “Avez-vous repris une cigarette dans une situation particulière ?”, “Qu’est-ce qu’on peut ajuster cette semaine ?”
Le kiné peut aider le patient à identifier les situations à risque : stress professionnel, repas de famille, fatigue, douleur, trajet en voiture, café, sortie entre amis, reprise du travail. L’objectif est d’anticiper. Le patient peut prévoir une forme orale de substitut nicotinique, une marche, une respiration, un appel, une pause différente ou un changement de routine.
La rechute doit être traitée sans jugement. Une reprise ne signifie pas que tout est perdu. Elle donne une information : dosage insuffisant, situation mal anticipée, stress trop fort, manque de soutien, fatigue, environnement fumeur. Cette lecture change le rapport du patient à l’échec. Il ne recommence pas de zéro ; il comprend mieux ce qui devra être ajusté.

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En savoir plus sur le suivi patientAvec Milo, ce suivi peut être facilement intégré au dossier patient. Le kiné peut y noter le statut tabagique, l’objectif d’arrêt ou de réduction, les substituts nicotiniques prescrits, les difficultés rencontrées, les moments à risque et les orientations proposées vers le médecin, le pharmacien ou un tabacologue.
Cette traçabilité aide à garder un fil conducteur entre les séances. Elle permet aussi d’inscrire le sevrage du tabagisme dans une prise en charge globale, au même titre que la douleur, le souffle, la récupération, l’activité physique ou la cicatrisation. Pour le kiné, l’intérêt est simple : ne pas repartir de zéro à chaque séance, mieux personnaliser les conseils et suivre l’évolution du patient dans le temps.

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Découvrir MiloLe sevrage du tabagisme ne doit pas forcément prendre beaucoup de place dans l’organisation du cabinet. Il peut commencer par quelques réflexes simples :
Le Mois sans tabac peut aussi être un bon moment pour ouvrir la discussion. Une affiche en salle d’attente ou une phrase glissée pendant une séance peut suffire : “Vous envisagez d’essayer cette année ? On peut en parler dans le cadre de votre prise en charge.” L’intérêt de cette campagne est de rendre le sujet plus collectif, moins culpabilisant et plus accessible.
La formation reste également un enjeu important. L’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes soulignait en 2025 que la possibilité de prescription des substituts nicotiniques reste encore trop méconnue dans la profession. Se former ne signifie pas devenir spécialiste de tabacologie. Cela peut simplement permettre d’être plus à l’aise pour évaluer la dépendance, rédiger une ordonnance, expliquer les traitements, repérer les situations complexes et orienter au bon moment.
Le cabinet de kiné est un lieu de mouvement, de souffle, de récupération et de confiance. C’est aussi un lieu où l’on peut parler de prévention sans donner de leçon. Le sevrage du tabagisme s’intègre naturellement dans cette logique : aider le patient à mieux respirer, mieux bouger, mieux récupérer et reprendre davantage de pouvoir sur sa santé.
Le kinésithérapeute n’a pas besoin de devenir tabacologue pour être utile. Il peut repérer, questionner, informer, accompagner, prescrire des substituts nicotiniques lorsque c’est adapté, intégrer l’activité physique dans le processus de sevrage et orienter au bon moment. Cette place est réaliste, légitime et précieuse.
Dans un contexte où le tabac reste responsable de plus de 68 000 décès prématurés évitables en France, tout en reculant nettement dans la population, les professionnels de santé de proximité ont un rôle essentiel à jouer. Les kinés libéraux en font partie.
Alors, une question s’impose désormais : et si le cabinet de kiné devenait l’un des lieux les plus efficaces pour aider les patients à franchir le premier pas vers l’arrêt du tabac ?
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