Maladies inflammatoires en rhumatologie
17 janvier 2023 - Pathologies

La tendinite, ou plus précisément tendinopathie, fait partie des motifs fréquents de consultation en cabinet de kinésithérapie. Épaule, coude, poignet, genou, tendon d’Achille… derrière une même douleur tendineuse, les causes peuvent être très différentes : surcharge mécanique, reprise sportive trop rapide, geste professionnel répétitif, déficit de force, raideur, changement de matériel ou mauvaise gestion de l’effort. Pour le kinésithérapeute, l’enjeu n’est donc pas seulement de soulager la douleur, mais de comprendre pourquoi le tendon ne tolère plus la charge. Bilan fonctionnel, exercices progressifs, thérapie manuelle, strapping, ondes de choc, tecarthérapie, suivi à domicile : la prise en charge d’une tendinite repose sur un protocole adapté à chaque patient. Alors, comment construire un traitement de la tendinite efficace ? Quels exercices proposer ? Quand utiliser un strapping ? Et comment les innovations en kinésithérapie peuvent-elles aider à mieux suivre la récupération et éviter la récidive ?
Une tendinite désigne, dans le langage courant, une douleur située au niveau d’un tendon. Le tendon est la structure fibreuse qui relie le muscle à l’os et transmet la force produite par le muscle vers l’articulation. Lorsqu’il devient douloureux, le patient ressent souvent une gêne lors de l’effort, au réveil, à la palpation ou dans certains gestes précis.
Aujourd’hui, les professionnels de santé utilisent de plus en plus le terme tendinopathie, car toutes les douleurs tendineuses ne sont pas uniquement liées à une inflammation. Certaines présentent une composante inflammatoire, d’autres relèvent plutôt d’une modification de la structure tendineuse, d’une perte de tolérance à la charge ou d’une douleur liée à une surcharge mécanique répétée.
En pratique, l’objectif reste le même : identifier ce qui déclenche la douleur, restaurer progressivement la fonction du tendon et permettre au patient de reprendre ses activités sans récidive.
Les tendinopathies les plus fréquentes concernent notamment la tendinite de l’épaule, souvent liée à la coiffe des rotateurs, la tendinite du coude, comme l’épicondylalgie latérale, la tendinite du tendon d’Achille, très fréquente chez les coureurs, la tendinite rotulienne, rencontrée dans les sports avec sauts, ou encore les tendinopathies du poignet, de la hanche et du pied.
Les symptômes de la tendinite varient selon la zone touchée, mais certains signes sont fréquents. Le patient décrit le plus souvent une douleur localisée, située sur le trajet du tendon ou près de son insertion osseuse. Cette douleur peut apparaître pendant l’activité, après l’effort, au réveil ou lors d’un mouvement spécifique.
Une tendinite peut aussi provoquer une sensation de raideur, une perte de mobilité, une gêne dans les gestes répétitifs, une baisse de force musculaire ou une douleur à la palpation. Dans certains cas, on peut observer un léger gonflement, une chaleur locale ou un crépitement lors du mouvement.
L’évolution est souvent progressive. Au départ, la douleur apparaît uniquement à l’effort, puis disparaît au repos. Ensuite, elle peut persister après l’activité et gêner la récupération. Dans les formes plus chroniques, elle peut devenir quotidienne, limiter les gestes simples et parfois apparaître même au repos.
Pour le kinésithérapeute, ces informations sont précieuses : elles permettent d’évaluer le niveau d’irritabilité du tendon, de choisir les premiers exercices et d’adapter la charge dès le début de la prise en charge.
Les causes de la tendinite sont souvent liées à un déséquilibre entre la capacité du tendon et les contraintes qu’il reçoit. Un tendon a besoin d’être sollicité pour rester résistant, mais il tolère mal les augmentations brutales de charge.
La cause la plus fréquente est le stress mécanique répété. Il peut s’agir d’un geste sportif répété, d’un mouvement professionnel, d’une reprise d’activité trop rapide ou d’un changement soudain dans les habitudes du patient. Une augmentation du volume de course, une nouvelle paire de chaussures, une hausse des charges en musculation, un poste de travail mal adapté ou une technique sportive modifiée peuvent suffire à déclencher une douleur tendineuse.
Les principaux facteurs de risque sont la surutilisation, le manque de récupération, une augmentation trop rapide de l’activité physique, une faiblesse musculaire, une raideur articulaire ou musculaire, un déficit de contrôle moteur, des antécédents de blessure, certains facteurs métaboliques ou certaines prises médicamenteuses.
En cabinet, il est important de ne pas réduire la tendinite à une seule cause. Une tendinite du tendon d’Achille chez un coureur peut, par exemple, être liée à une hausse trop rapide du kilométrage, un déficit de force du mollet, une raideur de cheville, un manque de récupération et une modification du terrain d’entraînement. Le rôle du kiné est justement d’identifier cette combinaison de facteurs pour construire un traitement cohérent.
Avant de proposer un traitement, le kinésithérapeute réalise un bilan fonctionnel précis. Cette étape est essentielle, car elle permet de comprendre pourquoi le tendon est douloureux et ce qui entretient la pathologie.
Le bilan commence par l’interrogatoire : ancienneté de la douleur, mode d’apparition, activités aggravantes, douleur au repos ou à l’effort, antécédents, niveau sportif, contraintes professionnelles, traitements déjà essayés et objectifs du patient. Un patient qui souhaite reprendre la course à pied n’aura pas les mêmes besoins qu’un patient gêné pour porter des charges au travail ou lever le bras dans les gestes du quotidien.
Le kiné évalue ensuite la mobilité articulaire, la force musculaire, la douleur à la palpation, la qualité du mouvement, la posture, les compensations et les gestes déclencheurs. Pour une tendinite d’Achille, il peut observer la marche, la course, la capacité à monter sur pointe de pied, la force du triceps sural, la mobilité de cheville et la tolérance aux sauts. Pour une tendinite de l’épaule, il peut analyser la mobilité gléno-humérale, le contrôle de l’omoplate, la force de la coiffe des rotateurs et les gestes au-dessus de la tête.
Ce bilan permet de construire un protocole de rééducation personnalisé, plutôt qu’une prise en charge standardisée. Deux patients peuvent avoir la même localisation de tendinite, mais pas les mêmes causes, ni les mêmes contraintes, ni les mêmes objectifs de reprise.

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En savoir plus sur le suivi patientLe rôle du kiné dans la tendinite est central, car le traitement ne se limite pas à soulager temporairement la douleur. Le kinésithérapeute accompagne le patient dans une progression : calmer les symptômes, restaurer la mobilité, renforcer le tendon, reprendre les gestes fonctionnels et prévenir la récidive.
La kinésithérapie permet aussi d’éduquer le patient sur la douleur tendineuse. Beaucoup de patients pensent qu’ils doivent arrêter toute activité jusqu’à disparition complète de la douleur. Or, dans de nombreuses tendinopathies, l’objectif n’est pas l’immobilisation prolongée, mais la gestion intelligente de la charge. Le tendon doit être sollicité, mais avec un dosage progressif.
Le kiné peut associer plusieurs techniques : exercices isométriques, renforcement excentrique, travail concentrique-excentrique, mobilisation, thérapie manuelle, massage, étirements adaptés, strapping, conseils ergonomiques, reprise sportive progressive et parfois technologies complémentaires comme les ondes de choc ou la tecarthérapie.
Le kiné du sport peut intervenir lorsque la tendinite est liée à une activité sportive. Il analyse alors le volume d’entraînement, l’intensité, les temps de récupération, le matériel, la technique et les contraintes spécifiques de la discipline. Cette approche est particulièrement importante pour éviter une reprise trop rapide et limiter le risque de récidive.
La prise en charge d’une tendinite repose rarement sur une seule technique. En cabinet, le kinésithérapeute construit généralement un protocole progressif, adapté à la phase douloureuse, à la localisation du tendon et à la tolérance du patient.
Dans un premier temps, l’objectif est de soulager la douleur sans forcément mettre le tendon au repos complet. Le kiné aide le patient à identifier les gestes qui aggravent les symptômes et à réduire temporairement les contraintes les plus irritantes : charges lourdes, gestes répétitifs, sauts, accélérations, mouvements au-dessus de la tête ou longues stations debout selon la zone touchée.
Cette phase peut associer des conseils de gestion de charge, des exercices isométriques, de la thérapie manuelle, des mobilisations douces, du froid ou de la chaleur selon les cas, et parfois un strapping de décharge.
L’objectif n’est pas de supprimer toute douleur immédiatement, mais d’obtenir une douleur plus stable, plus prévisible et compatible avec le début de la rééducation active.
Lorsque la douleur devient plus contrôlable, le kiné travaille la mobilité, la qualité du mouvement et les compensations. Un tendon douloureux peut modifier la manière de bouger : le patient évite certains gestes, sollicite davantage d’autres zones ou adopte des stratégies de protection.
Pour une tendinite de l’épaule, cette phase peut inclure un travail de mobilité gléno-humérale, de mobilité thoracique, de contrôle scapulaire et de renforcement léger de la coiffe. Pour une tendinite d’Achille, le travail peut porter sur la mobilité de cheville, la force du mollet, le contrôle du pied et la qualité de l’appui.
Cette étape permet de préparer le tendon à une reprise plus structurée du renforcement.
C’est la phase centrale du traitement de la tendinite. Le tendon doit être progressivement réexposé à la charge pour récupérer sa capacité mécanique. Le kinésithérapeute peut utiliser des exercices isométriques, excentriques, concentriques-excentriques ou des protocoles de type Heavy Slow Resistance.
Le principe est d’augmenter progressivement la charge, l’amplitude, le nombre de répétitions, puis la vitesse et la complexité du mouvement. La douleur est surveillée pendant l’exercice, après l’exercice et le lendemain pour ajuster le programme.
Le renforcement doit être suffisamment progressif pour ne pas irriter le tendon, mais suffisamment stimulant pour provoquer une adaptation. C’est souvent ce dosage qui fait la différence entre une amélioration durable et une récidive.
La dernière étape consiste à rapprocher la rééducation des contraintes réelles du patient. Chez un sportif, cela peut passer par des exercices pliométriques, des changements de direction, des sauts, des accélérations ou des gestes spécifiques. Chez un patient non sportif, le travail peut viser la reprise du port de charges, des gestes professionnels, du bricolage, du jardinage ou des activités quotidiennes.
Cette phase est essentielle pour éviter la récidive. Une tendinite peut sembler améliorée au repos, puis réapparaître dès que le tendon est de nouveau exposé à une contrainte mal préparée. Le retour à l’activité doit donc être progressif, mesuré et adapté à la réponse du patient.
Les exercices kiné pour traiter une tendinite dépendent du tendon concerné, de la phase de rééducation et du niveau d’irritabilité. Un programme pour une tendinite d’Achille ne sera pas identique à un programme pour une tendinite de l’épaule, du coude ou du genou.
Les techniques complémentaires peuvent avoir une place dans le traitement, à condition de ne pas remplacer la rééducation active. Elles sont utiles lorsqu’elles répondent à un objectif précis : diminuer la douleur, améliorer le confort, faciliter le mouvement ou accompagner une phase de transition.
La thérapie manuelle et le massage peuvent aider à diminuer les tensions musculaires autour de la zone douloureuse, améliorer le confort de mouvement et faciliter l’adhésion du patient au traitement. Ils peuvent être particulièrement utiles en début de prise en charge, lorsque la douleur limite les mouvements.
En revanche, il est important de ne pas présenter le massage comme un traitement suffisant. Un tendon ne retrouve pas sa capacité de charge uniquement grâce aux techniques passives. Pour obtenir un résultat durable, elles doivent être associées à un programme d’exercices progressifs.
Les étirements peuvent être indiqués lorsqu’une raideur musculaire ou articulaire contribue à augmenter les contraintes sur le tendon. Ils doivent toutefois être dosés avec prudence.
Dans certaines tendinopathies d’insertion, un étirement trop intense peut augmenter la compression du tendon sur l’os et aggraver les symptômes. Le kiné doit donc adapter l’amplitude, la durée, l’intensité et le moment de l’étirement selon la localisation et la réaction du patient.
Les ondes de choc peuvent être utilisées dans certaines tendinopathies chroniques, notamment lorsque la douleur persiste malgré une prise en charge active bien conduite. Elles sont souvent proposées comme technique complémentaire, jamais comme unique solution.
Leur intérêt est d’apporter une stimulation mécanique locale, avec un objectif antalgique et fonctionnel. En pratique, elles doivent être intégrées à un protocole global comprenant renforcement, gestion de charge et reprise progressive de l’activité.
La tecarthérapie est parfois utilisée en cabinet pour améliorer le confort, réduire certaines douleurs et accompagner le travail manuel ou actif. Elle peut s’intégrer dans une prise en charge moderne, notamment lorsque le kiné souhaite faciliter le mouvement ou rendre les premières séances plus tolérables.
Comme les autres technologies, elle ne remplace pas le raisonnement clinique. Son intérêt dépend de son indication, du stade de la tendinopathie et de son intégration dans un protocole actif.
Les ultrasons en kiné pour une tendinite sont encore utilisés dans certains cabinets, mais ils doivent être présentés avec prudence. Ils peuvent avoir une place comme technique complémentaire de confort, mais ne doivent pas être considérés comme le cœur du traitement.
Il est préférable d’éviter les formulations trop affirmatives du type “les ultrasons accélèrent la guérison du tendon”. Une formulation plus juste consiste à dire qu’ils peuvent être utilisés dans certains cas, mais que la progression active, le renforcement et la gestion de la charge restent prioritaires.
Les ventouses peuvent être utilisées par certains praticiens comme technique complémentaire, notamment pour travailler sur les tissus environnants, la sensation de mobilité ou le confort local. Là encore, elles ne doivent pas être présentées comme un traitement curatif de la tendinite.
Elles peuvent accompagner la prise en charge, mais ne remplacent ni le bilan, ni les exercices, ni le renforcement, ni la progression fonctionnelle.
Les anti-inflammatoires peuvent aider à calmer la douleur dans certaines phases, notamment lorsque la douleur est aiguë ou très irritative. Leur utilisation doit se faire sur avis médical, en tenant compte des contre-indications et du contexte du patient.
Pour le kiné, l’enjeu est d’intégrer cette donnée dans la prise en charge : un patient moins douloureux peut parfois mieux bouger, mais l’absence temporaire de douleur ne signifie pas que le tendon est prêt à reprendre toutes les contraintes.
Le strapping peut être un outil intéressant dans la prise en charge d’une tendinite. Il ne soigne pas le tendon à lui seul, mais il peut permettre de diminuer temporairement certaines contraintes, de sécuriser un geste ou d’accompagner une reprise progressive.
En cabinet, le strapping peut avoir plusieurs objectifs. Le tape peut servir à décharger le tendon, en limitant une amplitude douloureuse ou une mise en tension excessive. Il contribue aussi à améliorer la proprioception, en apportant au patient un retour sensoriel sur la zone douloureuse. Pendant une reprise d’activité, il peut rassurer, limiter certains gestes irritants et aider le patient à mieux tolérer une phase de transition.
Le choix du strapping dépend de la localisation de la tendinite. Un strapping du tendon d’Achille ne poursuit pas le même objectif qu’un strapping pour une tendinite rotulienne, une épicondylalgie ou une tendinopathie de l’épaule.
Le kiné doit aussi expliquer clairement ses limites. Le strapping est une aide ponctuelle. Il ne remplace pas le renforcement musculaire, la gestion de charge, les exercices fonctionnels ou la correction des facteurs de surcharge.
Dans une tendinite du tendon d’Achille, le strapping peut être utilisé pour limiter la mise en tension excessive du tendon, notamment en flexion dorsale, et apporter un soutien pendant la marche ou la reprise progressive de l’activité.
Le kinésithérapeute peut l’utiliser dans plusieurs situations : douleur à la marche, gêne lors de la reprise de la course, phase de transition entre douleur aiguë et renforcement, ou besoin de soutien ponctuel lors d’une activité.
La pose doit être adaptée à la morphologie du patient, à la localisation de la douleur et au niveau d’irritabilité du tendon. En général, le pied est placé en légère flexion plantaire afin de diminuer la tension sur le tendon d’Achille. Le kiné peut utiliser une bande d’ancrage au niveau du pied, généralement autour de l’avant-pied ou de la voûte plantaire, puis une bande d’ancrage au niveau du mollet, sans compression excessive. Des bandes longitudinales peuvent ensuite partir du talon vers le mollet pour soutenir le trajet du tendon. Des bandes croisées peuvent renforcer la stabilité et mieux répartir les tensions. Une fermeture circulaire peut enfin sécuriser l’ensemble, toujours sans gêner la circulation.
Le strapping doit rester confortable. Il ne doit pas provoquer d’engourdissement, de fourmillements, de changement de couleur du pied ou d’augmentation de la douleur. Il doit être retiré si la peau réagit mal, si la gêne augmente ou si le patient ressent une compression excessive.
Le strapping du tendon d’Achille doit rester un outil temporaire. Il peut aider le patient à passer une phase douloureuse ou à reprendre progressivement une activité, mais il ne corrige pas les facteurs qui ont déclenché la tendinite.
Le traitement de fond doit intégrer le renforcement du triceps sural, le travail de mobilité de cheville, l’adaptation de la charge d’entraînement, l’analyse de la marche ou de la course si nécessaire, et la progression vers des exercices fonctionnels.
En cas de douleur brutale, de sensation de claquement, de gonflement important, d’hématome ou d’impossibilité de se mettre sur la pointe du pied, le strapping n’est pas indiqué en première intention : il faut orienter rapidement le patient vers un avis médical pour écarter une rupture du tendon d’Achille.
La prise en charge des tendinites évolue avec l’arrivée de nouveaux outils en cabinet. L’innovation ne remplace pas l’examen clinique du kiné, mais elle peut l’aider à mieux objectiver la progression du patient, personnaliser les exercices et suivre l’évolution entre les séances.
Face à une tendinite, le kinésithérapeute ne choisit pas une technique au hasard. Il adapte sa prise en charge selon plusieurs critères. Ancienneté de la douleur, niveau d’irritabilité, localisation du tendon, objectif du patient, contraintes professionnelles ou sportives, réponse aux premières séances et capacité du patient à réaliser les exercices en autonomie.
Une douleur très irritable peut d’abord nécessiter une phase de décharge relative, de conseils et d’exercices isométriques. Une tendinite chronique, moins douloureuse mais persistante, demandera plutôt un travail de renforcement progressif, avec augmentation de la charge et suivi précis des réactions du tendon. Un patient sportif aura besoin d’une réathlétisation plus poussée. Tandis qu’un patient gêné au travail aura besoin d’adaptations ergonomiques et fonctionnelles.
C’est cette capacité d’adaptation qui fait la valeur de la prise en charge kiné. Le bon traitement n’est pas seulement celui qui soulage, c’est celui qui permet au patient de reprendre durablement ses activités.
Le nombre de séances de kiné pour une tendinite dépend de nombreux facteurs. Localisation, ancienneté de la douleur, intensité des symptômes, niveau sportif, contraintes professionnelles, antécédents, objectifs du patient et régularité du programme d’exercices à domicile.
Pour une tendinite récente et peu irritable, quelques séances peuvent parfois suffire à comprendre le problème, adapter les contraintes, calmer la douleur et mettre en place un programme d’exercices. Pour une tendinite chronique, installée depuis plusieurs mois, la prise en charge peut s’étendre sur plusieurs semaines, avec une progression plus longue.
La fréquence des séances varie selon la phase de rééducation. Au départ, le kiné peut proposer un suivi plus rapproché pour ajuster la douleur et sécuriser les exercices. Ensuite, les séances peuvent être espacées à mesure que le patient gagne en autonomie.
Il vaut mieux éviter de promettre une guérison en “10 séances” ou “20 séances”. Une formulation plus juste consiste à expliquer que le nombre de séances dépend de l’évolution de la douleur, de la récupération de la mobilité, de la progression de la force et de la reprise des activités.
Pour prévenir la tendinite et limiter les récidives, le kiné doit aider le patient à comprendre ce qui a déclenché la douleur. La prévention repose principalement sur la progressivité, le renforcement musculaire, la récupération et l’adaptation des gestes.
La première règle est d’augmenter progressivement l’activité physique. Un tendon supporte mieux une charge régulière et progressive qu’une alternance entre arrêt complet et reprise brutale. En sport, cela signifie éviter d’augmenter trop vite le volume, l’intensité, les côtes, les sauts, les charges ou la vitesse.
Le renforcement musculaire joue aussi un rôle essentiel. Des muscles plus forts répartissent mieux les contraintes et améliorent la tolérance du tendon. Le programme doit cibler la zone douloureuse, mais aussi les chaînes musculaires associées. Pour une tendinite d’Achille, par exemple, le travail ne concerne pas seulement le tendon. Il peut aussi inclure le mollet, le pied, la cheville, le genou, la hanche et la technique de course.
Les étirements peuvent être utiles lorsqu’une raideur contribue à la douleur, mais ils ne suffisent pas à prévenir une tendinite. La posture, l’ergonomie, la récupération, le sommeil, la gestion du stress mécanique et l’adaptation de l’environnement de travail ou sportif doivent aussi être pris en compte.
La prévention passe enfin par l’autonomie du patient. Plus le patient comprend les signaux de son tendon, plus il peut ajuster son activité avant que la douleur ne s’installe durablement.
Même si la kinésithérapie joue un rôle majeur dans la prise en charge des tendinites, certains signes doivent conduire à demander un avis médical. C’est le cas en présence d’une douleur brutale après un traumatisme, d’un claquement ressenti, d’une perte importante de force, d’un gonflement marqué, d’un hématome, d’une douleur nocturne inhabituelle ou d’une impossibilité d’utiliser normalement le membre concerné.
Une douleur qui ne s’améliore pas malgré une prise en charge bien conduite doit également faire réévaluer la situation. Le médecin pourra confirmer le diagnostic, rechercher une autre pathologie, prescrire des examens complémentaires si nécessaire et adapter le traitement.
Pour le kiné, savoir orienter fait partie de la qualité de prise en charge. Une tendinite est fréquente, mais toutes les douleurs tendineuses ne se traitent pas de la même manière.
La kiné pour une tendinite ne se limite plus à appliquer un massage, poser un strapping ou conseiller du repos. Ces outils peuvent avoir leur place, mais ils doivent s’intégrer dans un raisonnement clinique plus large. Bilan fonctionnel, gestion de charge, exercices progressifs, suivi de la douleur, reprise fonctionnelle et prévention de la récidive.
Les protocoles modernes permettent d’adapter la prise en charge à chaque patient. Les innovations, lorsqu’elles sont bien utilisées, peuvent aider à mieux mesurer, mieux suivre et mieux accompagner la progression. Le strapping, les ondes de choc, la tecarthérapie ou les outils numériques ne sont pas des solutions isolées, mais des leviers possibles au service d’un objectif plus important. Restaurer la capacité du tendon à supporter les contraintes du quotidien, du travail ou du sport
Et si la prise en charge d’une tendinite ne consistait plus seulement à calmer une douleur, mais à redonner au patient une vraie capacité à bouger, travailler, courir, porter, sauter ou pratiquer son sport sans craindre la récidive ?